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Comment doit-on lire la Bible?
Comment doit-on lire la Bible?
Existe-t-il une seule manière de lire la Bible? Est-ce que nos biais influencent notre lecture? Quelle est l’utilité des lectionnaires?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane se questionnent sur l’importance de lire la Bible collectivement et affirment que les progressistes prennent la Bible au sérieux.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, comment doit-on lire la Bible?
Bonjour Stéphane. Bonjour Joan, bonjour à toutes les personnes qui sont à l'écoute.
Expliquer comment bien lire la Bible
[Joan] Moi, j'aime bien le titre de cet épisode « Comment doit-on lire la Bible? » parce qu'il y a un peu plus de 25 ans, quand j'étais étudiante en théologie protestante à la faculté de Strasbourg, il n'y avait pas encore les réseaux sociaux; je m'étais posée sur un petit canapé qu'il y avait dans l'aula principale.
Je faisais un double diplôme. C'est hyper commun dans les sphères nord-américaines. En France, c'était moins répandu il y a 25 ans. J'étais du côté langue. J'ai fait un diplôme aussi en philologie espagnole.
Là, il y a deux jeunes des GBU (Groupes Bibliques Universitaires). Ces deux jeunes m'ont fait un petit peu la frousse de ma vie, la peur de ma vie, parce qu'il y en a un qui est assis à ma droite, l'autre à ma gauche, sur les petits canapés, et qui ont commencé à me demander si je lisais la Bible.
Donc du coup, c'était assez marrant parce que je leur disais, écoutez, je fais des études en espagnol, mais je suis aussi en théologie. Ça ne les intéressait pas du tout. Oui, mais est-ce que je lisais bien ma Bible? Je leur dis, écoutez, je ne sais pas trop. Nous on nous apprend à la lire en grec et en hébreu.
Non, non, qu'ils m'ont dit. Pour bien lire la Bible, fallait lire comme ci, comme ça, telle traduction. Et moi je leur dis, mais savez-vous en fait que c'est traduit du grec et de l'hébreu?
Et vraiment c'était impressionnant, parce qu'ils étaient tout à fait, comment est-ce qu'on pourrait dire, imperméables à tout ce que je pouvais leur apporter comme sujet de conversation. Eux, ils étaient venus avec leur petite « to-do liste » de choses à faire sur comment expliquer aux étudiants comment lire la Bible.
Depuis lors, j'ai une espèce d’alarme dans ma tête. J'ai toujours cette histoire dans un coin de ma tête.
Quand j'entends parler de méthodes pour lire la Bible, de la bonne façon de lire la Bible, de bonnes traductions de la Bible, je pense à ces deux braves étudiants qui voulaient évangéliser les autres étudiants et qui le faisaient d'une façon si maladroite et si peu en dialogue.
Les difficultés d’une lecture littérale
[Stéphane] Tu parles de ta formation. Moi, dans une vie antérieure, j'ai fait un diplôme en histoire et dans les années 90, la grosse chose, c'était la déconstruction littéraire, la déconstruction de sources. Il fallait analyser le contexte de production, les biais des auteurs par rapport au sujet. C'était la mode. Il y a des modes comme ça dans le milieu académique.
Quand je suis arrivé en théologie, ce sont pas mal les premières choses qui me sont venues en tête.
Lorsque j'ai appris que les premières mises par écrit des écrits bibliques, ça se passe 50 ans plus tard, on ne peut pas dire « Ah, Jésus a dit telle, telle, telle chose, donc blablabla ». Il n'y avait personne qui avait un dictaphone ou un enregistreur. Il n'y avait personne qui avait un laptop qui tapait au fur et à mesure.
Donc, ça a toujours influencé mon approche. Ça ne veut pas dire nécessairement que ces mots-là ne valent rien, mais une approche un peu plus littéraliste a toujours été plus difficile pour moi.
Lorsque, par exemple, on a des lettres qu'on sait qui ont été écrites ou dictées par Paul, OK, là, on a quelque chose. Mais tout ce qui est évangiles, tout ce qui est le Premier Testament, c'est une, deux, trois, quatre générations plus tard. C'est difficile de ne pas mettre ce filtre.
Il y a aussi la question de la traduction. Quand on a eu le choix ou la chance d'apprendre une deuxième, une troisième, une quatrième langue, on comprend peut-être un peu mieux cette idée-là que Jésus n'a pas parlé en anglais ou en français.
Mais lorsque je rencontre des anglophones qui n'ont jamais appris une autre langue, c'est quasiment comme une découverte : « Ah, ce mot-là peut être traduit de telle façon, de telle façon », et oui, la traduction influence.
Tout ça pour dire que la lecture de la Bible dépend de tellement de choses que c'est toujours dangereux de s'en tenir à une lecture à la virgule près.
L’influence culturelle sur la traduction
[Joan] En vérité, je crois qu'on a déjà abordé un peu cette question de quelle version de la Bible, quelle traduction ? Je trouve que ça reste un champ fabuleux, vraiment fascinant, que le champ de la traduction, la traduction en prenant en compte le milieu.
Je lisais quelque part que certains textes d'Homère ont été mal traduits du grec parce qu'ils avaient été traduits avec des biais sexistes.
Ce sont des trucs qu'on trouve sur Facebook, donc ce n'est pas hyper vérifié, mais c'est vrai que de se dire que pendant longtemps, ce sont des hommes avec les biais de leur culture et de leur milieu qui ont traduit des textes de l'Antiquité, qu'ils soient bibliques ou bien pas bibliques, c'est intéressant de prendre ça en compte.
Avec cet exemple d'Homère, c'était le statut des femmes qui sont restées dans les maisons quand les maris ou les maîtres étaient partis à la guerre, et on leur donnait un certain nom, et ce nom-là avait été traduit comme « des femmes légères », alors que ce sont des esclaves qui ont été violées. Ce n'est pas du tout pareil en fait.
Mais il nous arrive la même chose avec la Bible. Régulièrement, il y a une traduction qui est mise à jour et qui ouvre un champ de compréhension et un champ de possible, notamment dans tout ce qui est études féministes. Moi, je trouve ça passionnant que de se laisser interpeller.
Se concentrer sur un seul verset ou l’ensemble du message
[Stéphane] Pour moi, une des belles illustrations de cette réalité est une version de la Bible en anglais qui s'appelle « The Message ».
En traduction, il y a toujours deux choix. On fait une traduction mot pour mot ou sens pour sens. Et ça influence le style, ça influence est-ce que c'est plus facile, blablabla. Dans The Message, ils ont été pour sens pour sens.
Il y a un passage où ils ont choisi d'écrire « ne pas se prendre trop au sérieux, mais prendre le message de Dieu au sérieux ».
Pour moi, c'est ça. Est-ce que Dieu a dit telle chose? Est-ce que David a dit telle chose? Est-ce que Pierre a dit telle chose à tel moment exactement? Mais le message de ces écrits, oui, là, on travaille, il y a un côté sacré dans ce message-là.
Depuis des générations et des générations, on travaille ces messages-là et on trouve toujours de nouvelles vérités, on trouve toujours de nouveaux enseignements. OK, là, on prend au sérieux le message.
Une autre expression, c'est la différence entre voir l'arbre et la forêt. Je peux me concentrer sur un verset, tel mot a été utilisé, mais si je perds de vue l'ensemble de la forêt, l'ensemble des enseignements de Jésus, l'ensemble du message de Dieu pour l'humanité.
Et si je me concentre sur deux, trois mots d'un certain verset, bon, ça peut être intéressant d'un niveau linguistique, mais on ne peut pas dire que l’on comprend mieux le message de Dieu ou les enseignements de Jésus.
L’influence de nos biais lorsqu’on lit la Bible
[Joan] C'est vrai que La Bible, parfois, peut confirmer nos billets à nous. Et ça va dépendre effectivement du contexte de lecture, de la traduction, de qui nous entoure. Je me rappelle quand j'étais jeune, j'ai décidé un jour d'être végétarienne.
Il se trouve que dans une vente d'une paroisse protestante, j'ai trouvé un livre qui me disait que Jésus était végétarien, figure-toi, et que ce que je faisais là, c'était un acte purement chrétien.
Ça m'a fortifiée, j'avais 15 ans, je me suis sentie « empouvoirée », je me suis dit bah voilà, en plus de ne pas manger de viande, parce que moi je ne mangeais surtout pas de viande, le reste je mangeais un peu, quand c'était nécessaire. En plus de ne pas manger de viande, mais je suis Jésus. Bon, ça, c'est un billet de confirmation, bien sûr.
Et patatras. Après, quand j'ai regardé plus attentivement la Bible, j'ai découvert qu'ils mangeaient quand même des grillades de poissons. Mais il se trouve que j'adore les grillades de poissons, donc c'est bien aussi.
Vraiment, dans tous les cas, en quelque part, ça me donnait raison. Tu vois, il faut être plus ou moins végétarienne et manger des grillades de poissons.
Mais voilà, tout ça, ça parle un petit peu de la façon dont on cherche des billets de confirmation, dont on cherche à être reconnu, apaisé par ce qui est écrit dans la Bible.
Reconnaître nos choix
[Joan] Ça pose la question de lire la Bible seul, en fait. Est-ce que vraiment c'est quelque chose que toi en tant que pasteur, tu recommanderais, de lire sa Bible seul?
[Stéphane] Bien, ce n'est pas mauvais, mais je dirais que lire la Bible seul peut être problématique. On peut lire, on peut apprendre, c'est bien, mais il y a aussi la confrontation avec les autres, permettre aux autres de voir son point de vue et de voir le point de vue des autres. Moi, je ne suis pas un grand bibliste.
Donc c'est facile de déraper dans une direction ou dans une autre et de dire « mon pasteur a dit telle ou telle chose, donc c'est vrai ». Puis là, on arrive et on commence à consulter les Écritures et on se rend compte que c'est un peu plus compliqué.
Oui, il y a toujours ces personnes dans l'éternel débat sur les questions LGBTQIA+, qui vont te citer tel passage, tel passage, et voilà! Ouais, mais tu choisis tes passages qui font ton affaire.
Oui, c'est un billet de confirmation, comme tu as dit. Mais il y a tellement d'autres choses qu'on ne fait pas, qui sont aussi dans la Bible, qu'on ne fait plus ou qui sont totalement culturelles.
Être capable de reconnaître qu'il y a des choses qui paraissent ou qui sont en contradiction, oui, c'est possible et de reconnaître qu'il y a des choses qu'on ne fait plus, oui, c'est possible.
À toutes les personnes qui disent « Ah, moi, c'est la Bible, je fais exactement ce qui est dans la Bible », je dis « Ben, là, écoute, il y a certains passages culturellement ou socialement, qui ne sont plus acceptables du tout, là ».
On fait toujours des choix. Et je pense que la grande différence, c'est qu'il y a ceux qui reconnaissent qu'ils font des choix et ceux qui refusent de reconnaître qu'ils font des choix.
Moi, je reconnais que je fais des choix et qu'il y a certaines choses, bon, si on me confronte vraiment beaucoup, je ne serais peut-être pas capable d'expliquer autrement le fait que c'est ma sensation, c'est ma compréhension de Dieu.
Mais il y a d'autres personnes qui disent « Ah non, non, non, non, non, non, c'est impossible » et puis qui passent dans toutes sortes d'entourloupes pour expliquer qu'il y a deux récits de création dans la Genèse, deux récits de la mort de Judas.
Les gens essayent de faire des entourloupes au lieu de dire « Ben, il y a des choses qui ne collent pas, puis on vit avec ».
Pourquoi lire la Bible?
[Joan] Lorsque j'avais 12 ans, puisque j'avais reçu l'appel au ministère pastoral, je me suis dit, il faut que je lise la Bible. Évidemment, à 12 ans, c'était il y a presque 35 ans, j'aimerais dire, j'ai trouvé par là une édition, je ne sais pas laquelle, Louis Second, je ne sais pas quoi, 1910 ou quoi, enfin certainement pas une jolie édition.
Il n'y avait pas de paillettes dessus, il n'y avait pas d'aide à la lecture, il n'y avait pas de commentaires, c'était écrit en tout petit, c'était insupportable à lire, vraiment.
Mais je l'ai lu, parce qu'à 12 ans, tu as une certaine pugnacité, un acharnement, puis tu as du temps libre aussi, il faut dire. Je l'ai lu du début à la fin, c'est vrai, comme plein, plein, plein de gens avec qui j'ai parlé.
Par la suite, le passage le plus pénible, ça a été Nombre. Ça c'est sûr, Nombres, là vraiment.
[Stéphane] C'est le Waterloo des gens.
[Joan] Je n'ai d'ailleurs jamais vu qu'il y ait un groupe d'études bibliques ou quoi sur Nombres. Ça, c'est quelque chose.
Et là, il y a quelques jours, je parlais avec ma collègue Fidèle Fifame Houssou Gandonou, qui est directrice de l'Alliance biblique au Bénin, et elle m'a montré les jolies éditions que faisait l'Alliance biblique, et sûrement suisse, et sûrement québécoise aussi, jolies éditions, en nouveau français courant en plus, super. Lire la Bible en un an.
Super chou! Tu as qu'une envie. C'est confortable, c'est beau, tu as des notes. Enfin, ça, c'est vraiment bien fait. Puis d'un autre côté, je me dis, mais quels sont les bénéfices de s'obliger à la lire en un an? Moi, maintenant, j'ai envie de le faire, évidemment, mais quels sont les bénéfices?
Si je suis parfaitement honnête avec moi-même, l'un des premiers bénéfices est la lecture de façon régulière et pas seulement les passages qui les intéressent pour leur culte du dimanche ou leur enseignement ou l'article à écrire. Je me sentirai un petit peu plus professionnelle, un petit peu plus ajustée. Premier bénéfice.
Deuxième bénéfice, j'aurai une routine, c'est toujours bon les routines, c'est à nos structures, etc.
Troisième bénéfice, je pourrai frimer. Ça aussi, c'est pas mal. J'ai déjà entendu des collègues dire en ce moment, je suis dans Samuel: c’est incroyable, on redécouvre des choses en Samuel! Et moi j'aimerais bien aussi pouvoir un peu me réveiller comme ça. Ça ne mange pas de pain et puis ça fait du bien à l'égo.
Et pourtant, si je suis vraiment honnête, moi je crois surtout à la lecture communautaire de la Bible.
Peut-être qu'on pourra le mettre en descriptif; il y a une conférence d'Élisabeth Parmentier lors d'une des assemblées générales de la Fédération protestante de France, où elle explique, je ne sais plus si c'est en 7 points, en 12 points, en 10 points, mais Élisabeth Parmentier explique les bénéfices de la lecture communautaire de la Bible. C'est brillant.
Je comprends tout de suite que c'est l'objectif en tant que ministre, et moi j'y crois vachement, à cette lecture de la Bible collective, et quand je regarde ce que font les Juifs, surtout les hommes dans les milieux orthodoxes, mais aussi les femmes maintenant, qu'il y a des milieux orthodoxes réformés, des milieux plus progressistes, ils ne lisent jamais la Torah seuls.
La Bible, elle est toujours lue à plusieurs. L'étude biblique, elle se fait minimum à deux. Et on ne lit pas seul, on lit en regardant les commentaires des autres rabbins. C'est inscrit dans le Talmud. Donc je me dis, on peut peut-être apprendre deux, trois choses de ces très, très, très, très grands lecteurs des textes bibliques que sont les Juifs et les Juives.
Citer la Bible ne rend pas une personne chrétienne
[Stéphane] C'est vrai qu'il y a certains pasteurs qui aiment ça frimer. Je connais les Écritures. Ce n'est pas juste les pasteurs. Je pense qu'on a rencontré des gens comme ça qui aiment jouer à la bataille de la citation biblique ou du passage biblique, pas nécessairement pour illustrer quelque chose, parce que ça peut être intéressant.
Je discutais avec une pasteure qui prenait sa retraite et qui disait « bon, j'ai accompagné ma paroisse, mais ils n'ont pas été capables de prendre telle ou telle décision », et je sens une certaine frustration.
Et moi, j'ai pensé à l'histoire de Moïse, Moïse qui a amené son peuple jusqu'à la frontière de la Terre Promise. Sa mission, son ministère, c'était de passer à travers le désert et de les amener jusqu'à ce point. Puis là, j'ai dit, c'était peut-être ça, toi, ta mission, ton ministère avec ces gens-là, puis que maintenant, ils sont prêts à rentrer.
Ça, je peux comprendre que ça peut aider, mais il y en a qui jouent à la bataille de la citation biblique. Un autre exemple, la question de l'avortement. J'avais rencontré quelqu'un qui était plus libéral, « Ah, j'ai trouvé une citation biblique pour me défendre contre ceux qui sont contre l'avortement. »
J'ai dit, pourquoi? Pourquoi? Parce qu'ils t'emmènent sur leur terrain de citation biblique et tu ne pourras pas les battre parce qu'eux, c'est comme ça qu'ils pensent. Ils ne croient pas en la Bible, ils ne croient pas en Dieu, et c'est un grand coup de citations bibliques, souvent hors contexte.
Moi, je n'aime pas ça jouer à ces jeux-là de frime, de démontrer ta culture biblique en étant capable de citer Romains 2, 4. Je n'ai aucune idée de ce que c'est, d'ailleurs! S'il y a des gens qui sont à l'écoute, qui sait, peut-être qu’ils sourient parce que c'est n'importe quoi. Je ne le sais pas.
C'est cette idée de comprendre l'outil qu'on a. Je dis outil, ce n'est pas péjoratif. Moi, je vois la Bible comme un outil qui nous permet de nous rapprocher de Dieu, de mieux vivre nos vies, de mieux vivre sa foi, sa spiritualité.
Ça nous amène, ça nous conduit quelque part. Mais on n'est pas un meilleur chrétien si on connaît toute la Bible par cœur. Il y a plein de gens qui sont capables de citer la Bible, mais ils ne sont pas capables de la vivre. Donc, ça sert à quoi? Ça prouve qu'on a une bonne mémoire. C'est tout.
Lire la Bible en groupe
[Joan] C'est la raison pour laquelle moi, j'ai particulièrement du bonheur à faciliter, à proposer des groupes WhatsApp de lecture de la Bible.
Souvent, c'est à l'occasion de l'Avent ou du Carême, mais j'ai déjà fait aussi des groupes WhatsApp en temps de difficulté ou bien pour la rentrée, notamment la deuxième rentrée Covid, qui en Europe a été assez dure pour tout le monde. On avait l'impression qu'on ne sortirait jamais de la Covid.
À un moment donné, j'ai demandé à celles et ceux qui étaient intéressés, est-ce qu'il y a un livre que vous aimeriez explorer? Ils ont dit Osée. Le livre d'Osée, c'est un livre très, très dur à lire. Un livre qui parle beaucoup de sexisme, beaucoup de questions de prostituées d'une façon pas du tout ajustée à notre époque.
Et en même temps, Osée, c'est quelque chose de très christique. C'est un livre très christique, finalement.
On a eu des échanges très profonds. Ensuite on a eu une petite équipe comme ça, avec des gens qui se rajoutent, des gens qui partent.
Puis après, on s'est dit, pourquoi pas les Proverbes? C'était dur, les proverbes. C'était sec. On pouvait lire un, deux, trois chapitres sans arriver à en tirer quelque chose. Or, notre objectif, c'était d'en tirer quelque chose plusieurs fois par semaine. Il y a des gens qui devenaient même amers, qui disaient, mais quel livre horrible, quel mauvais choix!
Enfin, ça s’écrème. Oui, parce que c'était devenu un sujet important finalement dans leur vie. Des gens qui, peut-être, n'avaient jamais vraiment lu ce livre avant, mais qui l'avaient entendu parfois à la messe ou au culte. Et d'un coup, ça s'était imposé un peu dans leur vie, puis ça les frustrait beaucoup.
C'était marrant de voir ça. Après, il y a aussi quelque chose qui est plus simple: c’est les thématiques. C'est plus souple, c'est plus libre. On peut aller chercher dans différents livres des choses qui résonnent ensemble. C'est moins exigeant aussi.
Ça pose la question d'utiliser la Bible, comme ça nous arrange un peu, au lieu de se farcir tout un livre avec ce que ça amène comme frustration, comme on l'a vu avec les Proverbes.
Mais dans tous les cas, on tente l'expérience de façon communautaire. On accueille aussi les joies et les frustrations des uns des unes et des autres. Des fois aussi, on accepte que quelqu'un dise « j'en peux plus, c'est vraiment une lecture qui ne me fait pas du bien », qui quitte le groupe.
Alors ça, c'est toujours un peu frappant, mais ça peut arriver. Et puis il y a des gens après qui disent aussi « mais ça m'a beaucoup inspirée, j'en ai parlé à mon pasteur ou à d'autres gens, et maintenant on a un projet autour de cette thématique ou de ce livre ».
J'aime beaucoup faire ça et je crois aussi que ça comble un peu ma difficulté personnelle à trouver une formule dans laquelle je sois personnellement à l'aise pour lire la Bible de façon régulière.
Prendre la Bible au sérieux
[Stéphane] Tous ces groupes WhatsApp, groupes d'études bibliques, en personne, peu importe le format, prouvent qu'on prend la Bible au sérieux. Souvent, du moins en Amérique du Nord, il y a comme un code, là. Une expression en anglais parle de « Bible-centered » ou « centré sur la Bible ».
Le code c'est : ici on lit la Bible d'une manière peut-être plus littérale ou plus traditionnelle. Nous, on prend ça au sérieux, la Bible. Vous, les libéraux, les progressistes, vous faites n'importe quoi, vous dites n'importe quoi, vous ne prenez pas ça au sérieux.
Moi, je dis non, justement, on prend ça au sérieux. J'ai trouvé une super belle citation sur « Réforme » du physicien Friedrich von Weizsäcker qui dit, « nous avons le choix de prendre la Bible à la lettre ou de la prendre au sérieux. »
Et j'adore ça parce que, oui, il y a un respect justement pour la Bible et que ce n'est pas parce qu’on se questionne, même parfois qu’on critique ce qui est écrit là. Comme tu l’as dit, dans le livre de Osée, c'est quand même dur pour les femmes, c'est un message difficile.
Je pense qu'on a le droit de dire ça aussi au sujet de la Bible, quand on lit la Bible et qu'on la prend au sérieux, de ne pas juste lire ça et de dire « ah ben oui! C'est comme ça que les enfants doivent se comporter, c'est comme ça que les femmes doivent se comporter, c'est comme ça que les hommes doivent se comporter. » Ça, pour moi, c'est ne pas la prendre au sérieux.
Je la prends au sérieux et j'amène mon cerveau lorsque j'essaie de lire la Bible, lorsque j'essaie de comprendre le message et je pense qu’il y a quelque chose qu'on doit dire. Peut-être qu'on est trop timide, ou qu’on a de la difficulté à s'affirmer.
On n'est peut-être pas comme ces deux étudiants dont tu parlais en début d'épisode. On ne va pas aborder les gens : Est-ce que tu lis la Bible? Est-ce que tu as une approche critique lorsque tu lis la Bible?
On a moins ce zèle-là, mais je pense que notre approche est tout aussi valide. On prend ça au sérieux. Ce n'est pas qu'on fait n'importe quoi, là.
L’utilité de suivre le lectionnaire
[Joan] Ben, justement. Du fait qu'il y a un lectionnaire, le lectionnaire qui est surtout quelque chose qu'on utilise en Alsace, beaucoup dans les paroisses luthériennes, aussi dans des paroisses réformées. Ce lectionnaire a plus de 400 ans et dans l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, ce lectionnaire est recommandé.
Il est d'ailleurs imprimé tous les ans. C'est assez joli, on peut le trouver online ou on peut l'acheter. Et en fait, je me rends compte qu'on respecte beaucoup la Bible en suivant le lectionnaire parce qu'on s'oblige aussi les dimanches, à prêcher sur des textes avec lesquels on ne serait pas à l'aise, comme ça, spontanément.
Et j'ai vraiment du respect pour l'une des pasteurs de ma jeunesse, Claire-Lise Meyer, qui a tenu à respecter le lectionnaire pour notre mariage à Amaury et moi.
C'était cette histoire qui n'est pas toute simple, avec le gars qui a fait une grande fête, mais ses invités ne sont pas venus parce qu'ils avaient autre chose à faire, notamment l'un d'entre eux devait essayer sa nouvelle vache, donc on ne sait pas trop à quoi ça correspond.
Et du coup, cette personne qui faisait cette fête est allée chercher des gens dans la rue, à droite, à gauche, des gens un peu pauvres, un peu mendiants, un peu sans-abri.
Et notre pasteur a décidé de prêcher là-dessus et de dire que parfois, pour un mariage, ne viennent pas les personnes qu'on souhaiterait le plus qu'elles viennent, et d'autres personnes qui sont venues deviennent finalement les hôtes principaux.
Et un mariage, c'est un peu ça, c'est toute une vie où on ne pourra pas prévoir exactement qui se pointera pour soutenir ce mariage, pour être là dans ce mariage. C'est un peu la surprise de la vie et l'émerveillement.
Et je trouvais que c'était génial. C'était super de s'obliger mutuellement à respecter ce lectionnaire. Ça a ouvert des pistes d'interprétation et ça a donné lieu à plein de conversations parce qu'il y a des gens après qui nous ont dit: c'est un peu gonflé quand même d'avoir choisi ce texte. Et là, tu peux dire non, je ne l'ai pas choisi, c'était celui du lectionnaire.
Donc oui, on prend la Bible au sérieux, mais d'une autre façon. C'est une autre forme de sérieux. Et peut-être que tous nos sérieux sont complémentaires pourvu qu'on prenne les choses au sérieux avec beaucoup d'humour et qu'on fasse de l'humour avec beaucoup de sérieux.
Conclusion
[Joan] Est-ce qu'on pourrait parler de tout ça dans notre groupe WhatsApp? Est-ce qu'on parle de groupe WhatsApp, Stéphane? On en a un, nous, groupe WhatsApp pour les personnes qui ont envie de continuer les conversations autour des podcasts.
[Stéphane] Et oui, on a créé ça en début d'année 2026. Le lien est dans la description de l'épisode. C'est sûr que vous n'avez pas accès immédiatement parce que, bon, on ne veut pas se faire spammer et se faire vendre n'importe quoi. Ce n’est pas obligatoire, mais on aimerait ça continuer ces conversations-là.
Si vous avez des questions, si vous avez des commentaires, vous pouvez le faire sur WhatsApp, mais vous pouvez aussi le faire en nous envoyant un courriel à questiondecroire@gmail.com.
Le but, c'est de nourrir la conversation, nourrir la communauté qui se développe autour de ce podcast-là, et nourrir la foi et la spiritualité.
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Alors Joan, je te souhaite une belle journée.
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