
Wednesday Feb 07, 2024
Quelle est la meilleure Église?
Quelle est la meilleure Église?
Peut-on magasiner une Église comme une automobile? Est-ce qu'il existe une seule bonne Église et les autres sont nécessairement mauvaises?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane affirment la présence de différents dons dans toutes les Églises et réfléchissent sur les critères pour nous aider à faire un bon choix.
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* Musique de Lesfm, pixabay.com. Utilisée avec permission.
* Photo de Edson Junior, unsplash.com. Utilisée avec permission.
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, quelle est la meilleure église?
Bonjour, c'est la mienne, voilà.
Ah non, non, non, c'est la mienne. Bonjour, Joan.
Magasiner son Église
Écoute, concernant cette histoire de la meilleure Église, j'aimerais faire un petit pas de côté et raconter une petite anecdote. L'anecdote se situe à Ilkirch-Grafenstaden, là où mon mari est le pasteur titulaire de l'Église Sous-les-Platanes, Église luthérienne, deux quartiers, toutes dynamiques, plein de familles, plein de trucs.
Et ce dimanche-là, j'étais une gentille minister's wife, donc une femme de pasteur, et j'avais préparé le café d'accueil. Voilà, voilà, tu sauras tout, j'adore faire ça.
Et donc, voilà, j'ai mon petit café d'accueil, le culte se déroule. À un moment donné, je vois qu'il y a des enfants qui ne savent pas trop quoi faire d'eux-mêmes, donc je propose aux parents qu'on aille dehors voir nos lapins parce qu'on a des rongeurs.
En ce moment, on a des cochons d'Inde. J'aimerais préciser que mes deux cochons d'Inde s'appellent Katharina comme la femme de Luther, et Idelette comme la femme de Calvin. Voilà, c'est quand même des cochons d'Inde religieux.
Bref, je m'éloigne et on arrive à la fin du culte. Et donc les parents de ces enfants-là reviennent dans l'église un peu pour, je ne sais pas quoi, récupérer leurs affaires.
Et puis cette jeune dame, disons je dirais 28 ans, s'adresse à moi et me dit « Bonjour, vous êtes celle en charge de l'accueil? » Alors je lui dis « Voilà, écoutez, moi aussi je suis ministre, moi aujourd'hui j'ai ma casquette de femme de pasteur, effectivement. »
Elle me dit « Ah, très bien, j'ai quelques questions pour vous. » « Ah bon? » Elle me dit « J'aimerais d'abord savoir si vous faites un café d'accueil tous les dimanches? »
Je me suis dit, « Écoutez, quand les gens sont disponibles. Moi, j'étais disponible ce dimanche, des fois d'autres gens. Des fois, il y a trop de choses. Des fois, on fait une soupe à la fin. Ça varie. Des fois, on ne fait rien pendant un mois. »
« Ah, c'est dommage. C'est bien de faire un café d'accueil. »
Je commence à me poser deux, trois questions. « Là, j'ai vu qu'on allait voir vos petits lapins dehors avec les enfants, mais il n'y a toujours que des petits lapins. Vous avez d'autres animaux pour les enfants, pour qu'ils s'amusent à l'Église? »
Je me dis, c'est un gag, ce n'est pas possible, c'est filmé ou quoi? Je lui dis, « Écoutez, non, et puis c'est notre petit lapin personnel, mais c'est bien si ça plaît à vos enfants. » « Pas de poule? » « Non, pas de poule. »
Et puis ça continue comme ça, tu vois. « Et vous avez des activités pour les jeunes couples? Parce que nous, on a un jeune couple, on a un jeune ménage, et nous, on cherche une Église où s'installer. »
Je lui dis, « Écoutez, oui, avant, on avait des activités, mais pareil, les bénévoles ont souhaité faire d'autres activités, donc en ce moment, on n'a pas d'activités pour les jeunes couples. »
« Ah! » Elle me dit « dommage. Mais enfin, ce qui est bien, c'est que vous avez un parking, on peut se garer. » « Je dis oui, effectivement, on a un parking. »
Et là, je me rends compte qu'elle fait du church shopping, c'est-à-dire qu'elle va visiter des Églises, qu'elle a une espèce de liste, tu vois, et elle coche des trucs.
Et je me suis dit, en fait, elle cherche la meilleure Église.
Bon, on ne l'a pas revue, donc j'en déduis que, en tout cas pour elle, on n'est pas la meilleure Église.
La volonté d’affirmer que son Église est meilleure
J'ai toujours trouvé bizarre ces gens qui essaient d'établir une hiérarchie entre les Églises. Oui, je comprends, nous avons un lien souvent émotif avec nos Églises parce que c'est l'Église qui était là depuis notre jeunesse. C'est l'Église qu'on a choisie en tant qu'adulte.
Mais cette volonté de se prouver la meilleure en rabaissant les autres, ça, j'ai de la difficulté à comprendre.
Sur les médias sociaux, je fais des capsules et parfois les gens me répondent, disent « Ah c'est très bien » ou d'autres personnes « Je ne suis pas d'accord ». Moi, je ne le prends pas personnellement, je dis « Mais pourquoi vous n'êtes pas d'accord? » ou « Quel est votre point de vue? »
Et des fois, ça devient comme une espèce de confrontation. Moi, je vais à telle Église où on enseigne LA vérité, LA bonne parole de Dieu. Vous êtes un hérétique.
Moi, je dis wow! On ne se connaît pas, là. Je veux dire, vous jugez ça sur 30 secondes. Mais je trouve qu'on est dans ce climat-là. Peut-être les médias sociaux amplifient ça.
Je vois beaucoup de créateurs de contenu religieux sur YouTube, sur TikTok, qui font cette promotion de leur foi. C'est surtout des Catholiques romains que je vois, mais sous un couvert de bienveillance, de pseudo ouverture, ils vont faire des trucs comme la différence entre les chrétiens et l'islam, la différence entre les Catholiques romains et les protestants.
Et naturellement, leur vision est la meilleure, à grand coup de plus ou moins vérité, de déformation.
Et je me demande toujours, mais qu'est-ce qu'on y gagne là-dedans?
Les dons spécifiques à chaque Église
C'est vrai qu'en tout cas, moi, je n'y gagne pas grand-chose, même si je peux être assez critique envers les évangéliques, envers les catholiques, et puis des fois envers les luthériens et envers les réformés.
Enfin, c'est-à-dire, je trouve que c'est important de garder son discernement, vraiment, puisque tout le monde cherche le pouvoir, en quelque sorte, et donc c'est important d'être vigilant et vigilante les uns envers les autres.
Mais sinon, dans ma spiritualité, je suis très influencée par la théologie œcuméniste d'Elisabeth Parmentier, qui a été longtemps présidente de la CAEC, la communauté des églises chrétiennes, bien sûr des églises en Europe, avec la Concorde de Leyenberg, qu'on appelle maintenant Communion de Leyenberg. J'ai vraiment été formée théologiquement.
D'ailleurs, j'ai suivi plusieurs séminaires de théologie œcuménique, en dogmatique et en éthique, et en ecclésiologie. J'ai été vraiment influencée par ce que dit Elisabeth Parmentier. Elle dit souvent deux choses.
Dieu a réparti les dons dans les Églises, et je suis assez d'accord, c'est vrai que la plupart, mais pas toutes, la plupart des Églises évangéliques sont vraiment fortes en louanges, je le leur laisse, et en accueil aussi, je le leur laisse, dans le sens où elles sont fortes.
Et moi ça ne m'empêche pas de m'inspirer de ce qui se passe là-bas, simplement je vais essayer de le faire en essayant de ne pas vouloir prendre le pouvoir sur les autres ou de ne pas vouloir les influencer, juste partager quelque chose.
La plupart des paroisses catholiques sont aussi fortes en liturgie, je trouve. Il n'y a pas longtemps encore, quand j'étais aux États-Unis, je suis allée à la messe d'une église catholique.
Et franchement, c'était hyper propre, tu vois. Du début à la fin, tu savais quoi faire, tu savais quand te lever, tu savais quand faire le signe de croix. Tu n'étais pas perdue, on te prend vraiment par la main. Les gens qui sont là, ils s'engagent à pleurer avec toi et je trouve que ça fait du bien par rapport aux fouilles protestantes parfois de nos liturgies.
Et puis, la deuxième chose, c'est l'unité dans la diversité. Alors ça, je trouve que c'est hyper important, ça, c'est vraiment la phrase forte de la communion de Leuenberg, c'est que oui, il y a une grande diversité de doctrines, de dogmes, de façons de faire, de pratiques, mais ce qui est important, c'est de se dire que cette diversité ne m'empêche pas de rentrer dans la communion des chrétiens et des chrétiennes.
Ça ne peut pas m'empêcher de me sentir faire partie de l'Église du Christ. Et ça, je trouve que c'est hyper important.
Alors, du coup, évidemment, la question “Quelle est la meilleure église?”, elle tombe un petit peu à l'eau parce que la meilleure Église, en quelque sorte, c'est celle qu'on forme tous et toutes en s'accueillant mutuellement. Des fois, c'est hyper difficile, quoi, vraiment.
Apprendre de nos différences
J'adore la façon dont tu présentes cette unité dans la diversité. Un exemple que j'utilise souvent, c'est l'exemple de la crème glacée. Jamais personne ne va dire qu'il faut qu'il n'y ait qu'une seule saveur de crème glacée qui unit tout le monde. Il y a plein de saveurs pour différents goûts, différents moments de l'année, différents moments de la journée.
Pourquoi ça serait différent pour l'Église. On n'a pas besoin d'une seule Église unifiée. On peut célébrer nos différences. On peut apprendre à travailler ensemble. On peut apprendre à se respecter. Déjà ça, ce serait beaucoup. Et de dire, je vois tes forces, je vois quelque chose que je peux apprendre.
Tu parles des forces de l'un et de l'autre. En Amérique du Nord, de mon point de vue, ce que je vois par exemple chez des Églises plus évangéliques et plus pentecôtistes, c'est cette capacité d'oser. Ils voient une possibilité de mission, ils plongent, elles plongent. Il n'y a pas 50 formulaires, il n'y a pas une étude de faisabilité, il n'y a pas d’audit!
Oui, je comprends qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, n'importe comment, mais cette capacité dosée, j'ai dit, il y a quelque chose là qu'on peut apprendre pour s'améliorer, pour améliorer l'Église.
Créer des dialogues entre les Églises
Pareillement, je dirais que je suis attachée vraiment à certains critères confessionnels.
C'est vrai que ma théologie est luthéro-réformée, mais vraiment très attachée au luthéranisme, surtout dans tout ce qu'il porte de beau dans son ecclésiologie et sa liturgie.
Vraiment pour moi que le fait que le culte soit un lieu de dialogue, un lieu de partage, un lieu de beauté, un lieu de participation, c'est vraiment essentiel. C'est ce qui me renouvelle complètement.
Et puis, j'aime aussi quand le langage est travaillé, quand on ne s'en tient pas à des choses qu'on a déjà dites et répétées.
Pourtant, c'est important aussi de transmettre la tradition. J'aime le credo, mais je n’aimerais pas qu'on garde le credo avec des choses homophobes ou sexistes dedans, tu vois?
C'est-à-dire, quand on s'interroge sur pourquoi est-ce qu'on dit les choses et qu'on ose renouveler le langage, tout ça, c'est important.
Et pourtant, j'accepte par exemple que la liturgie orthodoxe soit beaucoup moins basée sur le langage, mais qu'elle soit basée sur les déplacements, les iconostases, tous ces rituels que font les popes et que comprennent les fidèles qui ont été catéchisés, que pour moi, ça ressemble à une espèce de très longue procession avec des petits chants inchantables pendant deux heures, debout en plus.
Mais les gens qui viennent là. Ça les nourrit et moi je n’ai pas tellement à me prononcer là-dessus. Je peux dire, moi ça ne me nourrit pas ou bien ça ne fait que m'étonner ou je reste trop spectatrice pour que ça me renouvelle. Je n'arriverais pas à dire, il ne faut pas d'Église orthodoxe. Ça, c'est quelque chose qui est étranger complètement à ma façon de voir les choses.
L’importance de pouvoir être en désaccord avec son Église
Je crois qu'on n'a pas besoin non plus d'être à 100% d'accord avec son Église. Peut-être que je pourrais comparer ça avec la famille, nos amis, nos proches. On n'est pas toujours d'accord avec ces personnes.
On ne peut pas dire, ah oui, tu fais exactement les choses selon mes valeurs, tu es mon ami. Ah non, il y a deux choses qui ne sont pas trop selon mes valeurs, je te quitte.
Il y a toujours ces choses dans une Église, soit quand on magasine une Église ou lorsqu'on se questionne sur notre Église, on va dire « ouais, ça, c'est moyen, ça, je ne suis pas trop d'accord, ça, je ne suis pas trop sûr ».
Mais une Église, c'est une organisation c'est quelque chose de collectif.
Donc, lorsqu'on vient en société, on fait des compromis. Ce n’est jamais parfait selon exactement ce que je veux. Il faut faire la part des choses.
Quelle est la pire Église?
Qu'est-ce qui est vraiment à l'inverse. Quelle est la pire Église?
Et en fait moi j'ai souvent peur que ce soit la mienne la pire. Je ne me dis pas oh ce n'est pas grave, on est un peu nul pour ça ou ça, on ne doit pas être les pires. Non, j'ai vraiment peur que quelqu'un se dise ah non, mais celle-là c'est vraiment la pire.
Et à l'inverse, souvent les gens nous disent, surtout en France, c'est très marqué en France, des ex-catholiques ou des catholiques de naissance, comme on dit, qui viennent à un événement, souvent d'ailleurs des funérailles, mais pas que, ça peut être le baptême, ça peut être plein d'autres choses dans notre Église, qui disent « Ah, mais qu'est-ce que c'est bien chez vous! Voilà, si je n’étais pas catholique, je viendrais chez vous. »
Alors déjà, ça me fait rigoler parce que je leur dis « Non, mais en fait, vous allez là où vous voulez, vous savez, il n'y a pas de passeport professionnel. »
Après ils disent « Ah non, mais j'habite un peu loin et si… » Enfin voilà.
En gros, soi-disant, s'ils habitaient dans l'immeuble à côté, ils viendraient là tous les dimanches, ce qui n'est pas vrai. Et souvent, il y a la petite phrase « assassine » qui est terrible, quoi.
Là, tu vois le diviseur qui dit « Ah, c'est vraiment mieux chez vous que chez les catholiques ».
Puis les gens pensent que je vais peut-être leur donner raison. Mais là, je ne suis pas du tout convaincue, en fait. Moi, par cette Église, l'Église catholique, les errements autour des abus sexistes, spirituels et sexuels me rendent dingue.
Mais pour autant, je ne suis pas sûre qu'on puisse dire que c'est mieux chez nous que dans n'importe quelle Église catholique.
C'est un jugement qui est tellement général, peu précis, sans nuances, que forcément, il ne peut pas faire sens spirituellement.
Et moi, je leur réponds toujours, écoutez, ça dépend. Alors, ils sont un peu étonnés. Ils se disent comment ça, ça dépend. Je dis ben ça dépend du lieu, ça dépend du prêtre, ça dépend de son équipe, ça dépend s'il y a une chorale, ça dépend s'il y a des activités pour les enfants, ça dépend de tellement de critères que je ne peux pas vous donner raison.
Je comprends ce que vous dites, j'entends, mais je ne peux pas vous donner raison. Et là, je provoque souvent la surprise, tu vois.
Refuser de parler au nom d’autres Églises
Si ma mémoire est bonne, en 2003, lorsqu’en congrès général, l'Église Unie s'est prononcée pour le mariage de conjoints de même sexe, il y avait peu de délégués francophones.
Lorsqu'ils m'ont trouvé, un homme dans la trentaine, j'ai eu beaucoup de demandes d'entrevues dans des médias écrits, des médias télé.
Et la question qui revenait souvent, c'est pourquoi les Catholiques ne le font pas? Je vais leur laisser le privilège de répondre à cette question. Moi, je peux parler de mon point de vue, je peux parler du point de vue qui vient d'être voté au Conseil général, mais je ne m'embarque pas dans cette histoire de rabaisser.
Oui, j'ai grandi Catholique romain. C'est un problème que moi, je vois dans l'Église Catholique romaine, mais je n'y gagne absolument rien d’essayer de parler au nom d'une autre Église, essayer de prouver que mon Église est meilleure, plus ouverte d'esprit ou plus je ne sais pas trop quoi.
Mais je sentais qu'on voulait revenir sur cette question. On voulait un peu la confrontation, on voulait la division.
On dirait qu'on aime ça, cette espèce de point de vue polarisé. De dire, moi je suis meilleur donc de facto toi tu es inférieur, au lieu de dire, nous on a pris cette position, eux et elles ont pris d'autres positions et c'est aux autres personnes de répondre de leur position tout simplement.
Mais c'est difficile parce qu’on nous voit comme des pasteurs, on nous voit comme des ambassadeurs de notre Église, quelque part, au lieu de dire, nous, on travaille pour l'Église de Dieu sur terre.
Cette Église ne nous appartient pas. Et toutes ces divisions, moi je considère ça, ce sont des divisions créées par les êtres humains pour différentes raisons historiques, pour différents besoins au niveau de la sociologie, d'anthropologie, etc.
Mais on est quand même tous unis dans cette grande Église, donc pourquoi que j'irais nécessairement attaquer quelqu'un d'autre, bof, j'y gagne quoi?
Être reconnue par les membres d’autres autres Églises
Et puis, en plus, on peut avoir des préjugés tels qu'on a des surprises. Moi, je me rappelle de façon incroyable, c'était presque il y a dix ans, j'étais à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, et pour mon travail missionnaire, je m'arrête dans une église pentecôtiste parce que, très humblement, ils m'avaient fait un courriel où ils disaient, voilà, on aimerait commencer une petite bibliothèque de formation pastorale et on aurait juste besoin de parler avec vous.
En fait, ils n'étaient pas dans une demande d'argent, ils étaient vraiment dans une demande de discussion.
Donc je m'arrête et je leur glisse à un moment donné que j'étais docteur en théologie. Leur stupéfaction! Une femme docteur en théologie!
Ils ont fait arrêter tous les meetings et tout en court et tout le monde est venu me bénir et vraiment me féliciter d'être docteur en théologie.
Ça m'a fait un bien fou parce que ma propre Église ne m'avait jamais félicitée d'être docteur de théologie. Au contraire, on m'a dit, mais tout ce temps que tu passes à faire ton doctorat, tu ne vas pas être sur le terrain. Et puis, il y en a assez des pasteurs avec des doctorats.
On m'a dit des trucs dingues. Et puis, ça va servir à quoi? Et patati patata. On m'a sorti toutes sortes de discours ahurissants venant de personnes assez haut placées, en plus.
Et donc, des fois, on peut avoir des préjugés. C'est vrai que des fois, quand je regarde les pentecôtistes, j'hallucine un peu : leur micmac, leurs histoires, leurs besoins spectaculaires, leur onction. Tout ça, ça me rend à la fois dingue et dubitative.
Et en même temps, c'est là, à Yamoussoukro, dans cette Église pentecôtiste, qu'on a célébré ma diversité, en fait, tu vois.
Et ça, c'est une leçon, je trouve, un peu à vie, à se dire qu’on est toujours un peu l'étrange de quelqu'un d'autre et on pense toujours que cette Église-là, elle n'est pas terrible.
Et puis, en fait, elle peut juste te donner une petite leçon ou t'édifier dans un sens, quoi. Et c'est peut-être ça qui est surprenant.
La difficulté d’être reconnue pas son Église
D'une certaine manière, on est souvent plus reconnu, plus apprécié à l'extérieur de son Église. Combien de fois des gens d'autres Églises font « Ah, tu fais ça? Ah, mais c'est tellement merveilleux, c'est tellement beau! »
Les gens doivent être ravis que tu fasses un ministère où tu entreprends ce projet et tu as le goût de dire « Non, pas vraiment, non. » C'est plus des embûches que d'autres choses. Et c'est peut-être ces moments-là qui nous rappellent qu’on appartient tous à la même Église et qu'on est capable de s'apprécier, on est capable de voir nos dons, nos talents mutuellement.
Et peut-être, je reviens encore à l'exemple de la famille, il y a cette relation parfois passionnelle qui fait que les émotions sont plus là. Moi, je dis souvent l'Église à laquelle j'appartiens, l'Église Unie du Canada, je l'ai découverte jeune adulte, je suis tombé en amour avec, c'est une relation passionnelle.
Alors quand j'aime, mais j'aime vraiment abondamment, et quand je suis en désaccord, mais là, oh là là, c'est vraiment passionnel.
Peut-être d'avoir ces gens-là qui sont capables de voir qui nous sommes, qui n'ont peut-être pas tout le bagage émotif, et qui sont capables de reconnaître ce qu'on apporte à cette Église, qu'est-ce qu'on essaie de contribuer bien humblement, chacun d'entre nous.
Ça met un peu un baume et ça nous recadre de dire, ben oui, justement, de bonnes personnes, c'est de bonnes personnes. Des gens qui sont ouverts d'esprit, c'est des gens ouverts d'esprit. Des gens avec qui on a des affinités, peu importe les Églises, peu importe les groupes de foi.
J’ai pris de merveilleux cafés, j'avais l'impression de parler à un collègue, c'était un imam. En même temps, on s'est rendu compte que, oui, une communauté de foi, ça ressemble à une autre communauté de foi, peu importe le groupe religieux qu'on appartient, il y a toujours les chicanes entre madame untel et monsieur, etc.
Donc, d'avoir ces moments-là, et c'est peut-être ça le danger, d'être trop dans son cocon, d'avoir tous des amis pareils, de dire, moi, mes amis, c'est les gens de ma paroisse ou de mon Église et rien d'autre.
Je trouve ça peut-être un peu triste de ne pas avoir cette capacité de se confronter dans un sens positif, de dire, toi, tu vois les choses comme ça, moi, je les vois différemment. Je vais réfléchir à ça.
Quelques critères pour déterminer la meilleure Église
C'est vrai, de se confronter, d'aller oser parfois prendre le café avec l'imam ou avec la rabbine ou avec la prêtresse anglicane de la porte d'à côté, c'est précieux et c'est important. Et puis, c'est ce qui nous sort aussi de nos petites scléroses d'Église.
Alors moi, j'aimerais terminer en donnant quelques critères. Quelle est la meilleure église? Je boucle ma boucle avec ma jeune maman qui était venue à l'église.
Et j'aimerais dire que l'un des critères en ces temps d'urgence climatique, si vous voulez faire du présentiel, je crois, c'est de se dire que l'Église soit proche géographiquement. Ça, c'est important.
Et qu'elle soit assez bien communiquée en termes de transport public ou au moins qu'il y ait un parking. Non, mais c'est vrai, elle avait raison quand même, je trouve important.
Et puis, j'aimerais donner mon critère personnel, celui qui est au-dessus de tous les autres.
Pour moi, la meilleure Église, chères auditrices, chers auditeurs, c'est celle qui a des toilettes chauffées parce que franchement, une fois, j'étais pour prêcher dans le nord de l'Alsace, j'arrive un peu en avance, long trajet, je garde ma voiture au parking de l'église.
Je m'en vais à l'église, je dis au collègue, écoute, j'ai un besoin pressant avant le culte, puisque je prêchais. Et il m'a dit, écoute, tu as qu'à aller à côté de chez moi, j'ai mon poulailler, tu as qu'à faire derrière. Et là, j'ai pensé, bien sûr, évidemment.
Donc tu vois, moi je crois que parfois on se casse la tête, on fait des campagnes d'évangélisation ou je ne sais pas quoi. Moi, à un endroit où on me dit d'aller faire pipi derrière le poulailler en plein hiver, je n'y retourne pas. Donc que ce soit clair et net, la meilleure Église, c'est celle qui a des WC accessibles, propres, et chauffées. Et je terminerai là-dessus.
Moi, j'avais un critère beaucoup plus inclusif. Pour moi, la meilleure Église, c'est où est-ce qu'on peut aller sans avoir à prétendre quoi que ce soit, où est-ce qu'on peut être soi-même. Qu'on peut être heureux, qu'on peut atteindre un certain niveau de sérénité, que ça répond à des besoins intérieurs, extérieurs, peu importe.
Mais c'est un espace, que ce soit physique ou virtuel, qu'on a le goût de retourner.
Conclusion
Merci pour ces anecdotes, merci pour cette conversation, Joan. Merci, Stéphane. Merci à l'Église Unie du Canada, notre commanditaire. Si vous avez des questions, si vous avez des commentaires, si vous avez des suggestions, n'hésitez pas, on aime vous lire, on aime apprendre, on aime être mis au défi :
Comme on se retrouve très bientôt, ça va être le Carême dans quelques jours, Joan. C'est en encombre. Ah ouais. Alors, on va en parler. Bye!
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