Question de croire
Pour une vision différente de la foi, la spiritualité et la religion au 21e siècle. D'une manière progressiste et ouverte, Joan et Stéphane n'offrent pas des réponses, mais des pistes de réflexion sur des enjeux contemporains.
Ce podcast réuni deux pasteurs: Joan Charras-Sancho (Église évangélique réformée du canton de Vaud) et Stéphane Vermette (Église Unie du Canada). Ensemble, ils explorent la foi et la spiritualité, une question à la fois. Ce projet s'inscrit également dans l'écosystème de Mon Credo.org.
- Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure, engagée au service du Christ et de son Église.
- Stéphane Vermette est le coordinateur des communications et du développement en français de l'Église Unie du Canada et exerce un ministère numérique sur les médias sociaux et sur internet.
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Episodes

Wednesday Nov 01, 2023
Wednesday Nov 01, 2023
La Terre sainte et les chrétiens
Cette région importante pour les trois grandes religions monothéistes de notre monde est un lieu de tension depuis des siècles. Et si l'attachement des chrétiens pour la Terre sainte n'était pas seulement motivé par des questions religieuses.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane réfléchissent sur l'industrie du pèlerinage et la volonté de marcher dans le pas de Jésus. A-t-on besoin de marqueurs tangibles pour ancrer notre foi? Comment peut-on trouver des pistes pour mieux comprendre les enjeux reliés à cette région?
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, un sujet à la fois. Cette semaine, les chrétiens et la terre sainte. Bonjour, Stéphane, bonjour à nos auditrices et auditeurs. Bonjour, Joan, bonjour à tout le monde.
Le syndrome de Jérusalem
Le jour où là on enregistre, toi et moi, c'est le jour de la veille d'une journée mondiale de prière pour la paix, justement, en Terre sainte. Et je trouve formidable qu'il y ait tellement de personnes qui se lancent dans des initiatives comme ça, de nous rappeler qu'on est là pour porter la paix, pour prier pour la paix, œuvrer pour la paix.
Et bien sûr, c'est compliqué d'œuvrer pour la paix en mettant complètement qui on est de côté. Donc moi, j'aimerais être honnête dès le début de cet épisode et dire que j'ai vécu en Israël dans un kibboutz les six premiers mois de l'année 1999 et j'en ai profité pour répondre à des invitations et je suis allée visiter des chrétiens en Jordanie, des musulmans en Égypte.
Et puis plus tard, dans le cadre de mes recherches, j'ai eu ce bonheur de vivre un temps de congrès, de colloque assez long, au Liban, où on a été reçus les bras ouverts par la communauté maronite. Alors voilà, j'ai un attachement pour cette région. J'ai un attachement parce que peut-être quand j'étais jeune, ma mère m'a amenée une fois pour y passer Noël, justement dans l'une de ses grottes à Bethléem.
On ne sait pas si c'est celle de Jésus. En tout cas, une grotte à Bethléem, ça, c'est sûr. Et c'est vrai que quand j'étais à Jérusalem, j'ai presque une petite bouffée mystique. Tu connais ça d'ailleurs, Stéphane? J'ai vu ça un peu à la télévision, mais je ne connais pas beaucoup. Explique-moi.
C'est le syndrome de Jérusalem, c'est quand tu vas là-bas, c'est tellement chargé de toutes les prières, de toutes les attentes. J'ai eu cette espèce de bouffée mystique, alors moi c'est resté assez light, assez léger. J'ai écrit des trucs dans un carnet en m'imaginant plus tard pasteur là-bas.
Et puis... Il y en a d'autres malheureusement, et ça, c'est à prendre au sérieux, qui arrivent là-bas et qui ont comme une sorte de dédoublement de personnalité et qui pensent être le retour de Jésus ou bien un prophète du judaïsme ou de l'islam, qui se promènent plus très habillés ou bien qui font des prophéties.
Ils sont bien habitués, ils connaissent le phénomène à Jérusalem, ils ont une section spéciale dans l'un de leurs hôpitaux. Mais ça veut bien dire que notre rapport à la Terre sainte peut parfois être vraiment délirant.
Pourquoi visiter Terre sainte
Lorsqu'on a décidé de travailler sur ce sujet, mon premier réflexe, c'est de dire « Ah, je vais parler de ma relation avec la Terre sainte ». C'est sûr qu'en Amérique du Nord. Qu'on est un peu plus loin que vous en Europe du Proche-Orient. Ça implique un plus grand voyage.
Dans ma jeunesse, j'avais ce fantasme d'aller visiter la Terre sainte, de marcher sur les pas de Jésus. J'ai rencontré plusieurs gens qui l'ont fait. Je ne sais pas si tu as déjà vu ça, moi j'ai déjà vu des gens qui reviennent avec des certificats attestant leur pèlerinage en lieu saint, là. Le beau certificat avec le sceau.
Et je me suis rendu compte que, maintenant… bof! Pourquoi là et pas ailleurs? En plus des considérations d'empreintes carbone, maintenant, est-ce que Dieu est plus présent dans un lieu géographique qu'un autre?
Et je me pose beaucoup de questions. Je suis très heureux pour les gens là-bas qui vivent de l'industrie touristique. Bravo, félicitations! Une très belle façon de gagner sa vie et de nourrir sa famille. Mais je me demande encore, pourquoi je devrais aller à cet endroit et pas un autre? Et ça, je n'ai pas encore de réponse.
À qui appartient la Terre Sainte
Mais je suis assez d'accord avec toi. Mais il y a un rapport qui est tellement intense des gens à ce coin du monde. Par exemple, j'ai découvert qu'un certain nombre d'ordres de chevaliers existaient encore. Donc des ordres toujours masculins.
Et puis ils se réunissent, ils ne sont pas si nombreux. Mais ils ont des capes, par contre. Ça a l'air assez important, une cape. Ils réunissent un peu des sous pour des œuvres là-bas. Alors pas que les chevaliers de Malte, il y en a tout plein d'autres.
Et en préparant l'épisode, j'ai essayé de me souvenir de certaines choses qui m'avaient frappé quand je vivais au kibboutz. Et il y a une chose qui était dingue, c'est qu'il y avait tout plein de protestants, des réformés coréens, qui venaient dans ce kibboutz. Ils s'étaient même débrouillés pour venir avec l'un de leurs pasteurs. Et en fait, ils étaient là pour évangéliser.
Sur le moment, tu sais, tu as 18 ans, tout est un peu égal, tu fais ouais, pourquoi pas, d'accord, cool. Mais maintenant quand j'y pense, les gars là ils ne parlaient même pas vraiment anglais, qu'on soit d'accord, ils parlaient coréen.
Et donc ils faisaient avec moi l'oulpan pour apprendre l'hébreu. Mais ils voulaient évangéliser qui et comment. Je ne comprends toujours pas quand j'y pense. Ils avaient été financés par une église pour aller faire un ulpane d'hébreux, ils vivent dans un kibboutz pour évangéliser qui ?
Parce que les gens du kibboutz, je vais te dire, ceux avec lesquels j'ai vécu, c'était des gens coriaces dans le sens où c'était des descendants de survivants de la Shoah. Ça, c'est des gens, tu ne venais pas leur dire Jésus t'aime, pati pata, c'était des gens...
C'était des gens qui bossaient six jours par semaine, qui avaient très peu de congés, qui quittaient très peu le kibboutz, un peu, mais très peu, et qui en fait étaient dans cette... De se sacrifier pour que les générations précédentes puissent être un peu plus libres, un peu moins contraintes.
Ils étaient encore dans cette idée, il y a 25 ans, de construire un nouveau monde pour assurer un espace à leurs descendants et descendantes. Et donc, les Coréens qui venaient là, qui disaient « Ouais, je suis venu de Corée pour te parler de Jésus », ça ne marchait pas des masses, tu vois.
On dirait qu'il y a certains chrétiens qui ne sont pas capables de comprendre ou de reconnaître que la Terre sainte ne leur appartient pas exclusivement. Mais oui, c'est vrai.
Cette région est un lieu saint pour les trois grandes religions monothéistes. C'est aussi saint pour les chrétiens que pour nos frères et nos sœurs juives, pour nos frères et nos sœurs musulmans. Mais il y a cette appropriation. C'est à nous. Ça nous appartient.
Bon, on regarde au niveau de l'histoire, tu as parlé des ordres, les croisés, les croisades. On va récupérer Jérusalem pour qu'elle demeure dans l'espace occidental de la vraie foi. On dirait qu'on a beaucoup de difficultés à aller au-delà de ça, de dire ça peut être important pour moi, ça peut être important pour quelqu'un d'autre, je n’y perds absolument rien de partagé.
Un lieu de plusieurs religions
Mais tu sais que tu as oublié un sanctuaire qui est très très connu dans une autre religion monothéiste qui est la religion bahaï. Et j'aimerais faire un pas de côté en disant qu'il y a des ultraminorités aussi intersaintes qu'on oublie un peu. Abbaye, tu as là-bas un sanctuaire dans un immense jardin où il y a une biodiversité préservée avec une vue absolument dingue.
Et quand je dis ça, j'ai une pensée vers l'un de mes tontons qui habitent là-bas, il se reconnaîtra. Et ça nous rappelle qu'effectivement, ce qui est complexe avec les lieux aussi mystiques, c'est de les analyser que sous l'angle de la géopolitique.
Et dans les premiers jours du conflit, ces derniers temps, je voyais des gens qui réfutaient un certain nombre d'arguments en lien avec les religions, avec les cultures, etc. Je leur disais, mais c'est quand même un peu étrange parce qu'on ne peut pas du tout, dans ce coin-là, où tout le monde y projette tellement, ne pas prendre en compte la composante religieuse, au moins culturelle, mais de se dire que oui, il y a quelque chose là qui converge.
Il y a des souvenirs, il y a des empreintes, il y a des symboles au même endroit. Et ça demande ce petit surplus de patience, de bienveillance, d'humanité, de respect de l'autre dans sa radicale altérité. Et ça, c'est difficile. Ça, c'est vraiment difficile.
Quel lien avec Jésus de Nazareth ?
Ce qui est aussi difficile pour plusieurs, c'est de comprendre le passage du temps. En tant que chrétien, on lit la Bible, on parle de Jésus d'une manière d'aujourd'hui, on le fait aujourd'hui, mais on dirait qu'on oublie que c'est une histoire qui date de 2000 ans.
Il y a certaines personnes qui disent moi je vais aller en terre sainte pour retrouver Jésus et on dirait que ces personnes-là s'imaginent marcher dans les mêmes chemins et rentrer dans les mêmes bâtiments que Jésus aurait fait.
Mais il y a 2000 ans qu'il s'est passés. Il y a une espèce de relation un peu tordue dans le sens où on veut une espèce de construction qui va répondre à nos attentes, à notre vision du passé, à notre vision des écrits bibliques.
Et on oublie tout ce qui a été fait, défait, les changements, les transformations de société. Et je comprends les gens là-bas de jouer le jeu, de dire « Ah, voici des chrétiens, on va leur faire croire qu'on s'habille toujours comme ça ». Je comprends toute cette industrie-là. Cependant, on semble télescoper 2000 ans d'histoire et plusieurs de ces lieux saints, souvent c'est des désignations totalement arbitraires.
Par exemple, l'église du Saint-Sépulcre, Ben, c'est la mère de l'empereur Constantin Ier, Hélène, qui est partie en pèlerinage à Jérusalem, qui a découvert la vraie croix du Christ, qu'on avait mystérieusement gardée pendant trois siècles pour une raison quelconque. Et à l'endroit où elle a découvert la vraie croix du Christ, voilà l'église du Saint-Sépulcre. Il y a plein de trucs comme ça qui ont été créés.
Peut-être que c'est vrai, peut-être que c'est pas vrai, mais c'est quand même bizarre qu'on se souvienne de tous ces lieux-là parce que, pour reprendre une expression de Rowan Atkinson, l'ancien archevêque anglican, Jésus, il disait en anglais, is a nobody from nowhere. C'est quelqu'un d'inconnu, de nulle part, un coin reculé de l'Empire romain.
Sa vie est pas nécessairement extraordinaire, si on regarde ça d'un point de vue historique, si on n'est pas religieux. Mais on se serait souvenu à tous les endroits où ce qu'il aurait multiplié les pins, où Lazare serait sorti de son tombeau, l'endroit où il serait né. Voyons, mais voyons.
C'est des outils de vénération. C'est des outils qui nous appellent à croire. Mais il y a quand même une réalité historique qui n'est pas là et qui est souvent perçue. Le lieu où Jésus a fait telle chose.
Les évangéliques américains et la Terre Sainte
La difficulté peut-être avec la Terre sainte, et je m'inclue là-dedans, c'est qu'on aimerait avoir une relation privilégiée avec ces endroits-là, ces lieux-là, ces histoires-là, parce qu'effectivement, on cherche toujours à se rapprocher de Jésus. On se dit, ah, mais si j'étais peut-être dans un pays où il a un peu vécu, puis là-bas maintenant il parle l'hébreu moderne, ça ressemble quand même un peu avec l'hébreu ancien, peut-être que du coup je vais mieux comprendre des tas de choses.
On a besoin un peu de ces subterfuges et puis comme tu le dis, les avions et l'empreinte climatique nous amènent à croire qu'il y a des moyens, des moyens humains, techniques, qui vont nous faire gagner un peu de temps et de maturation ou de maturité sur notre chemin spirituel. Certains mouvements évangéliques ici en Amérique du Nord appuient l'État d'Israël, mais plus que 100%, aveuglément.
Pas nécessairement pour une raison géopolitique, mais la création de l'État d'Israël pour ces gens-là, c'est l'accomplissement d'une prophétie biblique. Et c'est le premier pas vers le retour messianique qui se déroulera en Terre sainte. Et le retour du Christ va établir cette nouvelle ère où, bon, selon eux, tout le monde va être chrétien évangélique.
On oublie qu'on utilise les juifs pour atteindre son objectif chrétien évangélique. Mais on se rend compte, justement, comment certaines personnes regardent tout ce qui se passe en Terre sainte sous le prisme de la religion, des intérêts religieux et pas nécessairement sous le point de vue de la raison, de la recherche du bien-être collectif, de la recherche de la paix, de la recherche d’une espèce de façon de vivre ensemble, non.
Si j'appuie tel projet ou j'appuie tel côté, mon intérêt religieux y gagne. C'est quand même triste. C'est triste, mais par contre, il y a un truc qui est très drôle, c'est que j'ai déjà eu l'occasion de parler avec des responsables de l'agence juive. Il se trouve que, voilà, quand j'ai fait six mois en Israël, à un moment donné, j'ai eu un petit problème de papier.
Et un peu machinalement au kibboutz on m'a dit ben appelle l'Agence juive alors je les ai appelés quand j'ai dit que j'étais chrétienne protestante ils se sont foutus de ma gueule c'est bon c'est normal l'agence juive c'est pour les juifs et les juifs et la dame elle m'a dit un truc du style non, mais merci beaucoup à vos copains évangéliques de nous financer, mais ce n’est pas pour autant que nous on va vous financer vous.
Je me rappelle qu'après j'avais parlé avec d'autres personnes qui avaient bossé à l'agence juive et qui m'ont dit que leur plus grand fou rire c'est quand ils reçoivent des donations, mais des sommets, mais extravagantes, et que les gens les regardent en disant « C'est si important pour nous que vous soyez en Israël ! » Tu vois ?
Comme si les justes n'avaient pas compris qu'ils étaient instrumentalisés dans cette vision-là, qu'ils n'étaient pas du tout valorisés pour qui ils sont intrinsèquement, mais pour ce qu'ils vont pouvoir apporter en termes de salut, enfin, supposé, bien sûr, surtout par cette fameuse petite porte où le messier est censé revenir ?
On est sur des narratifs, qui donne espoir, peut-être, à des gens, mais qui, du coup, une fois de plus, surinvestissent des lieux et des symboles et rajoutent, finalement, des acteurs et des actrices à un conflit qui est déjà suffisamment complexe quand il n'y a que deux parties, en quelque sorte. Et là, on en rajoute tout plein autour. Et c'est presque un peu dommage.
Un roman graphique
Moi, je recommande une lecture toute simple. Alors là, pour le coup, tu vois, je ne vais pas faire un truc genre, je vous recommande de lire le traité sur... Non. Je recommande de lire la BD de ton contemporain, mon ami. Est-ce que tu connais ? Je t'ai déjà parlé de lui, je crois. Vraiment, c'est quelqu'un que j'adore.
Les chroniques de Jérusalem de Guy Delisle. Oui. Ça, c'est... Et puis alors, il est drôle. C'est vraiment un Québécois, je crois. Enfin, j'ai l'impression qu'il est Québécois. Et puis à un moment donné, sa femme travaille pour un truc des Nations Unies ou Médecins Sans Frontières, m'en rappelle plus très bien, elle est humanitaire, donc il est hyper neutre en fait, il ne comprend rien à tout ça, il se dit, c'est marrant quand même, c'est quoi ça ?
Et puis il parle avec sa femme qui va travailler dans les territoires occupés. Et puis à un moment donné, il n'en peut plus, il ne sait plus où se foutre pour faire ses croquis. Donc il va parler avec le pasteur luthérien qui est en vieille ville, qui est tout content d'avoir quelqu'un qui n'est justement pas du tout religieux.
Et ils deviennent les meilleurs copains. Ils boivent des bières, en ne parlant surtout pas de la situation, et puis ils se disent, ah c'est quand même bien d'avoir un copain pasteur luthérien, ils sont vraiment cools, beaucoup moins chiants que les autres, les juifs et les musulmans et les chrétiens qui ne veulent pas boire de coups.
Il est vraiment très marrant, et à un moment donné, quelqu'un essaie un petit peu de lui prendre la tête en disant, ouais, est-ce que ton pays est du côté d'eux ou d'eux. Et lui il dit ah non, mais nous au Canada on est hyper neutre, normalement on est copains avec tout le monde.
Et l'autre il dit non au Canada mauvais, c'est comme les États-Unis que vous êtes... Alors il dit non, normalement non, normalement c'est nous les plus neutres de la bande. Moi j'aime beaucoup cette BD parce que c'est vraiment le pas de côté. C'est vraiment le gars qui ne comprend rien, qui s'en fout complètement à la base des religions.
Sa femme, elle, elle s'intéresse aux humains, des situations humanitaires dans les territoires et ailleurs, je veux dire. Et il a ce regard tellement frais et ça me renvoie au regard que j'ai qui n’est plus du tout frais, tu vois, sur la situation.
Les prophéties et la Terre Sainte
Mais c'est vrai que là, ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, je suis contente d'avoir des personnes qui viennent d'un peu partout. Et je voyais pas mal de personnes qui relayaient des analyses très fines sur l'apocalypse.
Et figurez-vous qu'en ce moment, il y a de nouveau une relecture très littéraliste de certains passages dans les écritures. Parce que, ben voilà, ce grand drame qui va devenir un horrible drame humanitaire autour de la bande de Gaza, donc, eh bien, ça sonne comme les prophéties, comme certaines prophéties.
Et moi, je trouve que c'est hyper malsain, comme tu dis, parce que pendant ce temps-là, c'est catastrophique au Caraba. Il y a la panique terroriste qui gagne tous les coins du Sahel. Et j'en passe, quoi, en fait. On a des montées d'extrémisme un peu partout sur la planète, des instrumentalisations, plus ce qu'on sait à propos maintenant du dérèglement climatique.
Bien sûr, comme me l'a dit une copine samedi, tu vois j'ai fêté mon anniversaire et j'ai dit à une copine ça va, elle me dit ça va je suis heureuse d'être là, mais la planète brûle, c'est vrai. On vit un peu avec cette notion de la planète qui brûle.
Et donc peut-être qu'on se dit qu'en ayant un avis sur le conflit au Moyen-Orient, évidemment moi aussi j'ai un avis, mais surtout en ayant l'impression qu'il y a un endroit qui devrait être préservé, qu'il y a un endroit où peut-être Jésus va revenir, on se crée des sécurités intérieures. Et on en a besoin de ces sécurités intérieures, mais une fois de plus ça n'aide pas au conflit.
Les mères pour la paix
Moi, j'aimerais peut-être un petit peu terminer mon propos en ayant une pensée super émue pour les mères pour la paix. C'est un mouvement que je suis un peu de loin depuis pas mal d'années. C'est un peu comme les mères en blanc. Voilà, c'est tous ces mouvements de mères, des mères de soldats, de tsars, parce qu'il faut savoir que culturellement, c'est très mal vu de ne pas faire son service militaire en Israël.
En plus, à 18 ans, qui n'aime pas prendre des risques ? Donc voilà, la plupart des jeunes hommes et des jeunes filles, c'est des deux côtés, aiment le risque à cet âge-là et se lancent dans ce service militaire. Donc il y a énormément de soldats et de soldates, énormément de mères aussi, il y a aussi des pères. Tous les pères sont réservistes, les mères ne sont pas nécessairement réservistes. C'est une question à la fois culturelle, nationale, familiale.
Et puis du côté des Palestiniens et des Palestiniennes, bien sûr qu'il y a beaucoup de mères qui veulent la paix aussi. D'autant plus que ce n'est pas du tout comme dans les mouvements kurdes, les femmes ne sont pas empouvoirées dans ces conflits-là, elles ne savent pas manier des armes.
C'est toujours dans les pires situations pour porter des bombes enfin c'est horrible et donc les mères elles ont en commun là de se dire on risque de tout perdre nous dans ce conflit-là on veut la paix et elles se réunissent et ce qui est dingue Stéphane ce qui est fou c'est qu’avant le déclenchement de ce grand drame qui se déroule là presque sous nos yeux en tout cas d'un point de vue peut-être européen il y avait eu l'un des plus grands rassemblements de mères pour la paix. Elles avaient fait une chaîne humaine.
Il y en a qui étaient venus des territoires palestiniens, d'Égypte, de je ne sais pas où. Elles avaient fait une énorme chaîne humaine. Juste quelques jours avant le déclenchement de ce drame humain. Donc j'ai vraiment une pensée pour ces femmes. Il y en a beaucoup d'entre elles dont on n'a plus de nouvelles, du côté israélien comme du côté palestinien.
Donc voilà, mon cœur est un peu touché par ça et je me dis surtout ce qui est intéressant dans ces mouvements de paix, c'est qu'il y aura toujours des gens pour se lever pour faire la paix. Alors il y aura toujours des gens pour se lever pour faire la guerre aussi. Voilà, si je retiens bien quelque chose de Yerushalayim, c'est que l'un de ses noms, c'est cette idée de paix derrière.
Hier, Yerushalayim, shalom, salem, salam. Et j'aimerais bien rester avec cette espérance. Pour faire écho à un épisode de notre première saison, lorsque les mots nous manquent, lorsqu'on ne sait plus trop comment réagir devant l'horreur, il reste toujours la prière.
Conclusion
Et on va s'arrêter ici, en espérant que nous serons tous et toutes des instruments de paix, que nous serons capables de prier pour la paix pour la Terre sainte et que cette Terre sainte soit élargie à l'ensemble de la planète.
D'ici la prochaine fois qu'on se reparle, faites attention à vous. Merci de nous écouter. Merci d'être là. Merci de vos suggestions. Continuez à nous écrire. question-de-croire-gmail.com. Merci à l'Église unie du Canada, notre commanditaire. Passe une belle journée, Johanne. Et toi aussi, Stéphane. À bientôt. À bientôt.
Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle. Éditions Delcourt, 2011. 334 pages. ISBN: 978-2-7560-2569-8
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Wednesday Oct 18, 2023
Wednesday Oct 18, 2023
Qui a peur de l’Halloween?
L'Halloween est bien connu pour ses costumes et ses bonbons. Cependant, certains se posent des questions sur cette fête d'origine païenne.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les raisons qui effraient certains chrétiens et l'impact des différences culturelles dans la compréhension de ce jour.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, qui a peur de l'Halloween?
Bonjour, Stéphane. Est-ce que toi, Halloween te fait un peu peur?
Un peu, oui, Ah oui? Ah oui, oui, oui, parce que c'est quand même le soir, il fait noir et lorsque je suis en voiture, il faut faire attention aux enfants qui ne sont pas toujours visibles.
Lorsque j'ai passé, je passe parfois l'Halloween avec mon enfant. Parfois, il n'y a pas de trottoir. Les rues ne sont pas bien éclairées. Donc, ça fait toujours un peu peur. Il faut éviter les accidents ces soirs-ci.
Vous avez peur des accidents parce qu'il y a plein de gamins dans la rue.
Ah ben oui, et surtout j'habite dans ce qu'on appelle ici les banlieues, pas comme les banlieues en France, mais à l'extérieur du centre-ville, donc on peut avoir 50-60 gamins durant la soirée facilement.
Ah d'accord, ils font un peu les guignols avec leurs masques, ils sont excités par le sucre des bonbons. Alors c'est ça qui te fait peur en fait. C'est voilà, c'est la sécurité des plus petits.
Ben oui, parce qu'il y en a qui sont très petits.
L’arrivée de Halloween en France
Oui, c'est vrai. Alors moi, je dois dire que Halloween, j'ai pas du tout peur d'Halloween parce qu'on n'a jamais 50 ou 60 gamins dans la rue. Par contre, ce que j'ai remarqué, c'est que Halloween arrivait à faire peur à beaucoup d'adultes.
Et j'ai mis longtemps à comprendre où se situait le problème, parce que pour de vrai, c'est une fête qui est arrivée en France, en tout cas de mon côté de la France, c'est-à-dire du côté Est, au courant des années 2000.
Moi étant petite, Halloween en Alsace, je n'ai jamais entendu parler de ça.
Nous, on a le Saint-Nicolas, on a nos fêtes locales, on a les feux de la Saint-Jean, on a d'autres choses qu'on fait le soir, disons, la fête de la Saint-Martin, voilà.
Et même ma famille américaine, au fait, qui est donc essentiellement dans le Midwest, n'a jamais vraiment eu un grand attrait pour Halloween.
On ne nous a jamais envoyé des photos de la famille à Halloween. On n'a jamais eu des conversations à propos d'Halloween.
Et quand j'ai vu que ça arrivait en France, je me suis dit ah mais oui, c'est vrai, c'est ce que je voyais dans les séries américaines quand j'étais adolescente.
Il se passe toujours des trucs, il y a toujours des histoires d'amour le soir d'Halloween entre trois bonbons et une citrouille.
Mais en France, quand ça déferlait un peu au courant des années 2000 pour des raisons purement commerciales, je pense. Mais parce que les gens ont besoin de se marrer un peu, vu que l'actualité n'est pas toujours si drôle.
Ceux qui ont pris vraiment ce combat très à cœur, ce sont nos soeurs et frères, nos Adelphes évangéliques.
Halloween : une fête païenne devenue commerciale
Et je ne suis pas surpris parce qu'on a ce phénomène-là ici, en Amérique du Nord, depuis un peu plus longtemps, parce que c'est une fête d'origine païenne, ce n'est pas une fête d'origine religieuse, bien qu'elle soit célébrée la veille de la Toussaint.
C'est quand même une fête hyper commerciale. Depuis le mois de septembre, il y a les bonbons, les croustilles dans les magasins, les costumes. C'est le concours à la personne qui va décorer sa maison avec le plus de toiles d'araignée, de sorcières. Il y a un côté très commercial dans tout ça.
Je dois avouer que moi, c'est très bof. Moi non plus, ce n'est pas dans ma culture familiale.
J'ai grandi dans un petit village où les voisins étaient à un kilomètre. Donc, aller de maison à maison, ça ne valait pas la peine.
Et je suis dans une Église qui se soucie peu de ce sujet.
Par exemple, on avait une rencontre avec une équipe de publicité qui voulait nous aider à développer notre image à travers les médias sociaux. On s'est fait demander, est-ce que vous voulez qu'on mette quelque chose sur Facebook le 31 octobre pour l'Halloween?
Et nous, on a fait ce n'est pas une préoccupation comme pour certaines Églises plus évangéliques, baptistes, pentecôtistes, si on peut utiliser ce genre de qualificatif.
Effectivement, pour ces personnes, c'est vraiment très troublante cette célébration de la mort, cette célébration de la peur. Je ne sais pas qu'est-ce que ça vient chercher en ils, en elles, en ielles mais c'est vrai, c'est là.
Halloween et les sorcières
Alors ma mère, qui est une protestante réformée, libérale et féministe, c'est elle qui a initié nos filles à Halloween parce que nous on n'était pas intéressés pour des raisons essentiellement commerciales.
On trouvait qu'on a assez à faire en Alsace à partir de fin novembre jusqu'à la galette des rois, si tu veux, t'as déjà un mois et demi de célébrations, festivités, boustifaille, achats, consumérisme.
Donc on n'avait pas tellement envie d'en rajouter, d'autant que moi j'ai mon anniversaire en octobre, mon père aussi. Enfin je veux dire, c'est bon, nous on était assez nourris en termes de festivités.
Et comme ma mère aime bien tout ce qui a trait aux sorcières, parce que ben voilà, parce que tu es un peu féministe, les sorcières sont anti-conformistes et tout.
Elle n'arrêtait pas de leur acheter des costumes de sorcières et de les emmener se promener pour Halloween.
Ce qui, évidemment, a choqué plus d'un ou d'une paroissienne parce qu'il est déjà arrivé que nos filles racontent ou qu'elles reviennent d'expédition avec leurs petits chapeaux de sorcières, etc.
Et c'est à cette occasion qu'une amie évangélique que j'aime beaucoup et que je salue si elle nous écoute, m'avait fait comprendre, par voie détournée, je trouve d'une façon délicate, que ce n'était pas ok, puisqu'elle m'a dit « Tu sais, Joan, au centre socioculturel de cette semaine, j'ai désinscrite mes filles tel jour tel jour.”
J'ai dit « Ah bon? Bon bah écoute, c'est que tu avais le temps. »
“Ah non, non, ça m'a un petit peu ennuyée au niveau du travail, mais je ne pouvais pas la laisser faire les activités proposées”. Alors ça a tout de suite réveiller ma curiosité, tu vois, je veux dire, qu'est-ce qui peut bien se passer au centre socioculturel de si complexe?
Eh bien, c'était animation sorcière.
Tout ça, ça vient toucher un peu, bien sûr, le monde immatériel, le lien qu'on a, nous, les chrétiens et les chrétiennes, avec ce monde immatériel, les sorcières étant réputées pour avoir une aisance, une facilité à dialoguer avec l'immatériel aussi. Enfin, il doit y avoir toutes sortes de courants de sorcières.
Moi, je ne suis pas spécialisée en sorciérologie. Mais comment est-ce qu'on peut imaginer que ça pourrait influencer la vie spirituelle des enfants de fabriquer des petits chapeaux de sorcière, je ne sais pas, mais ce raisonnement se trouve là et m'intéresse et m'interpelle.
Halloween : Satan ou les bonbons
C'est l'idée de la contamination. Parce que, pour prendre un exemple, si on fait lire Harry Potter à des enfants, ils vont tous tomber dans la magie noire.
C'est comme si les gens n'avaient pas cette capacité de raisonnement, de faire la part des choses. C'est un petit chapeau en carton. On ne fait pas des incantations à Satan. C'est un roman, ce n'est pas un documentaire ou un tutoriel sur YouTube.
Mais il y a des gens que c'est tout ou rien. Il faut combattre tout ce qui est perçu comme mal et peut-être satanique, que ce soit réel ou perçu au point où j'ai déjà vu certaines communautés, au lieu de donner des bonbons, ils donnaient des dépliants religieux incitant les enfants et les parents compagnons de se tourner vers le Seigneur au lieu de célébrer les démons.
C'est des enfants qui vont chercher des bonbons. C'est des enfants qui se déguisent. Est-ce qu'on peut garder la mesure des choses? C'est souvent ça, moi, que je dis. Est-ce que ça peut être simple?
Le double standard de ce qui est acceptable ou non
Alors, c'est vrai que moi, j'ai un peu comme toi avec Harry Potter, qui maintenant est critiqué pour d'autres raisons. Donc, on ne va pas entrer dans ce débat-là. Peut-être pour un autre épisode, peut-être. Pour un autre épisode. Ah oui, on pourrait faire un épisode Harry Potter.
Mais disons, sans rentrer dans des grandes discussions sur Harry Potter, pour moi, il y a toujours ce double standard dans les milieux chrétiens que je trouve fascinant d'un point de vue de la chercheuse en théologie et tout, et totalement agaçant du point de vue de pasteur. J'imagine un peu toi aussi.
C'est regarde, Harry Potter, ce n'est pas OK. Le Seigneur des Anneaux, que moi ça m'a filé des cauchemars quand j'ai vu le premier film Seigneur des Anneaux, c'est OK.
Alors que le type qui a écrit Le Seigneur des Anneaux, il n'est pas beaucoup plus équilibré que la Rowling. Franchement, je pense qu'il ne faut pas délirer là-dessus. Bon, alors OK.
Ensuite, Halloween, ce n'est pas OK. En plus, souvent on nous dit c'est commercial, c'est vrai. Noël, c'est OK. En Noël, en termes de fêtes commerciales les amis, on a atteint le pompon quoi.
Et alors, moi je connais pas mal de familles évangéliques alsaciennes, Dieu les bénisse, et ben si tu vas chez elles, c'est tout bien décoré, le sapin, le truc, le machin, les bidules, des fois ça dégouline un peu de partout.
Mais ça en termes de déco, c'est ok. Mais les sorcières avec les petits chapeaux, les citrouilles et tout, ce n'est pas ok.
Moi je trouve que tout est too much dans tous les cas, tu vois.
Mais après, si ça leur fait plaisir et si ça leur amène, je ne sais pas, un petit objectif dans la journée, si ça leur twiste le quotidien, si ça leur permet de ne pas se focaliser sur leurs problèmes d'un point de vue de santé mentale, voilà, si ça leur ouvre d'autres espaces, moi je dis allez-y, allez-y les amis.
Halloween n’est pas dans la Bible
Et nous savons, en tout cas j'espère que nous savons, que la fête de Noël a de très grandes origines païennes qui a été christianisé par la suite. Mais, lorsque tu parles de double standard, c'est ça.
Noël, on peut faire un lien avec la Bible, c'est OK. L'Halloween, elle, ce n'est pas OK.
Mais si on avait une histoire biblique de quelqu'un qui se déguise pour avoir quelque chose, mystérieusement, ça deviendrait OK.
Effectivement, il y a un double standard. Et ce qui est bizarre là-dedans, pour continuer avec Harry Potter, le Seigneur des Anneaux et tout ça, c'est des grandes sagas de l'affrontement entre le bien et le mal.
C'est difficilement plus religieux, plus chrétien, mais un n'est pas ok, l'autre est ok. C'est vrai qu'il là-dedans.
La culture autour de Halloween
Ça me questionne et du coup, ça me fait faire des expérimentations. Donc, nous, quand on a changé de paroisse, quand on était à Sainte-Marie-aux-Mines, dans la vallée Vosgienne, on a fait plein de trucs, mais on ne s'était jamais intéressé à Halloween.
Et pour de vrai, ce n'était pas très développé, je trouve, à Sainte-Marie-aux-Mines.
Il faut aussi parler de quelque chose de très simple qui s'appelle la précarité humaine, qui s'appelle le fait qu'acheter 20 balles de bonbons pour les distribuer, en fait, surtout quand c'est la fin du mois, ça ne va peut-être pas être possible pour tous les foyers.
Quand t'habites une vallée, c'est des grandes distances, faut monter, faut descendre. Fin octobre, il peut déjà faire drôlement froid, comme tu dis, la sécurité.
À Sainte-Marie-aux-Mines, les trottoirs sont étroits, les voitures vont très vite. Il y a peut-être des milieux où ça se vit de façon un peu plus festive. Là, c'est plus compliqué dans une vallée, plus la précarité.
Quand on est retourné dans la banlieue de Strasbourg, qu'on avait quitté pendant dix ans, là, on a vu que c'était un truc. Il y avait, comme tu dis, des décos et tout. Ça s'est vachement calmé depuis. La crise est passée par là.
Halloween est moins sur la top liste des parents pour leurs enfants. Et on s'est dit, on va tenter un truc. Et on a mis un petit stand avec des bonbons et des lumières et tout.
Et puis, on a même organisé une année un atelier de bougies qu'on allait distribuer après aux voisins. Voilà, il y avait une petite dynamique, on avait envie.
Et après, finalement, je me suis dit, c'est une jolie expérience, mais on a affirmé quoi, en fait? On a fait quoi? On a fait de la contre-culture.
Je n'ai rien contre le fait de faire de la contre-culture. Ça peut être un appel. Chacun, chacune sait ce à quoi Dieu l'appelle.
Mais moi, je n'ai pas tellement envie d'avoir un ministère contre. Je préfère un ministère d'initiative, un ministère qui creuse son sillon. Je préfère, disons, cultiver une culture qui m'intéresse que de faire de la contre-culture.
Concernant Halloween, ça m'a amusée deux ans et puis après j'en ai eu marre.
J'ai trouvé qu’il faudrait que ce soit un grand projet d'Église, il faudrait que ce soit festif, il faudrait que ce soit marrant.
Mais dire aux gens ne vous amusez pas trop parce que peut-être que ce n'est pas complètement biblique, c'est complètement inaudible.
Proposer d'autres choses à côté, à d'autres niveaux, à d'autres moments, c'est plus mon appel déjà.
Les coûts associés à Halloween
Il y a des personnes qui n'ont peut-être pas envie de célébrer Halloween. Il y a des personnes qui n'ont peut-être pas les moyens. Il y a des personnes qui n'ont pas les moyens mais qui sentent qu'elles doivent le faire quand même. Il y a toute cette réflexion-là qui, naturellement, n'est pas là parce que c'est une fête commerciale, il y a la pression, il faut se dépasser.
Et c'est pour les enfants, donc il faut faire tous les sacrifices pour les enfants. Ces enfants-là, est-ce qu'ils ont vraiment besoin de 18 barres de chocolat et de 15 sacs de croustilles? Non.
Si c'était on donne à la banque alimentaire pour nourrir des enfants, ah là! Là, c'est autre chose.
Mais, naturellement, on ne peut pas faire une fête commerciale sur des bases de banques alimentaires. Naturellement.
Ce serait une belle nouveauté, en tout cas.
Halloween et la mort
Moi, ce que je comprends aussi de tout ça, c'est qu'en fait, la peur, faire peur, parler de la mort et des ossements desséchés, en fait, ça fait partie du discours biblique. C'est tout à fait notre cam comme on dit en français un peu, voilà.
Normalement, c'est notre cam et un, ça ne nous fait pas peur. La mort, bon. Les ossements, bon. Les mages, les mages, l'Ancien Testament est rempli de mages. Les personnes possédées, le Nouveau Testament est rempli de personnes possédées. Ça devrait être un sujet détendu, en fait, dans les traditions chrétiennes.
C'est là que je ne saisis pas très bien comment est-ce que Halloween a pu nous coiffer comme ça au poteau.
En fait, nous, on devrait être hyper détendus sur ces sujets et nos enfants, nos jeunes, nos personnes d'Église devraient à la limite même se sentir dans une zone de confort quand on parle de tout ça. Or il semblerait que ce n'est pas chrétien.
Et c'est là qu'on passe à côté d'une opportunité de dire, en fait, c'est chrétien, je ne sais pas, mais biblique, ça l'est.
La série télévisée Mercredi
Et j'aimerais quelque part aussi finir avec ce que moi j'ai apporté aujourd'hui, avec le goût que j'ai eu, comme vous dites chez vous, le plaisir que j'ai eu à regarder la série Mercredi.
Alors c'est sur Netflix et tout, c'est commercial, mais...
La série Mercredi, c'est hyper intéressant parce qu'elle dénonce la pensée suprémaciste blanche et postcolonialiste. Et elle dénonce aussi la chasse aux sorcières.
Parce que ça se passe, donc ce pensionnat un peu pour les bizarres, pour les frics, se trouve dans une petite ville dans laquelle se trouve un parc d'attractions consacré aux pionniers puritains du XVIIe siècle.
Et j'adore ce twist. J'adore le twist de se dire que ce sont les bizarres, les frics, les halloween style, disons, les gothiques, qui dénoncent ce puritanisme, qui en fait, on sait très bien ce qui se joue là derrière. De dire, c'est vous qui avez des cadavres dans le placard, les amis.
Nous, on est peut-être un peu bizarre, on vous semble étrange, on aime se mettre un petit chapeau de sorcière, mais c'est vos cadavres à vous qui posent problème dans le placard, ce n'est pas mon petit chapeau de sorcière qui est le nœud du souci et du combat spirituel à mener.
La place des marginaux
C'est un très bon point parce que Comme tu le soulèves, c'est des personnes dans la marge qui semblent faire peur. Les sorcières, des femmes qui semblent avoir du pouvoir, qui semblent avoir de l'autorité. Et elles ont été chassées, elles ont été exécutées, elles ont été associées aux démons et tout ce qui fait combat par une certaine hiérarchie et une certaine institution dominée par des hommes. On ne s'en sort pas.
Des gens plus à la marge qui essaient de trouver une place, essaient de trouver un espace pour eux, pour elles, pour iels. Et certaines Églises disent non, non, non, vous ne pouvez pas avoir cet espace. Le seul espace légitime, c'est le nôtre. Vous n'avez pas le droit à votre espace.
Et peut-être, justement, cet engouement pour l'Halloween, pour toutes ces manifestations associées à ce type de fête, au-delà du consumérisme, il y a peut-être une réponse à la religion chrétienne, aux grandes religions, qui ne font pas cette place-là.
Quand les Églises fondamentalistes organisent des maisons de la peur pour Halloween
J'ai le goût de te raconter quelque chose, Joan. Il y a certaines Églises fondamentalistes aux États-Unis, bien sûr, peut-être un peu au Canada, mais on voit surtout ça aux États-Unis, où ils utilisent cette culture d'Halloween, des gens qui essaient d'avoir peur, les adolescents surtout.
Ils créent ce que j'appellerais des maisons de la peur. Ils n'appellent pas ça comme ça, mais ils invitent les adolescents à venir avoir peur, mais ce qu'on leur fait peur, c'est d'un côté pas nécessairement macabre et lugubre, mais c'est un aspect plus sociétal.
On va vous montrer que si vous avez des relations non protégées avant le mariage, ah, le sida, ah, les grossesses non désirées, la promiscuité va vous mener une vie de débauche, la drogue, si vous touchez un joint de marijuana, vous allez vous retrouver dans la rue.
Donc, à la limite, il y a un peu une hypocrisie. On rejette l'Halloween, mais on utilise les codes pour passer son message social et un peu moralisateur aux adolescents surtout.
C'est ça, comme tu dis. En fait, ce qu'il y a à dénoncer dans tout ça, et j'aime bien que Mercredi, donc dans cette série de la famille Adams, le fasse à sa façon, c'est quand on veut faire peur à l'autre. Et si Halloween, c'est une fête pour faire peur aux enfants, alors c'est non.
Si c'est une fête pour avoir de la joie au cœur, alors c'est pourquoi pas.
Chacun fait ce qu'il veut de ses dents et de ses souches et le dentiste.
Si les Églises sont là pour faire peur aux ados, ben c'est non, quoi. Je veux dire, quel que soit le moyen qu'on utilise, si l'objectif c'est de faire peur, dans tous les cas, ben c'est non.
Conclusion
Et on va peut-être arrêter là-dessus parce qu'il faut acheter des bonbons.
Et j'espère que vous allez vous amuser sainement.
En passant, moi ce que j'aime faire le jour de l'Halloween quand je reçois des enfants, je m'habille en pasteur et ils sont médusés.
J'ose à peine dire non non je m'habille comme ça je ne suis pas déguisé mais ça c'est moi on s'amuse comme on peut toi est-ce que tu vas te déguiser Joha?
Mais c'est incroyable je n'avais même pas réalisé ce sera la première fois de ma vie que je vais passer Halloween aux USA puisque je vais rendre visite à ma famille à la fin du mois d'octobre.
J'ai été invitée avec ma troisième fille et donc je vais vivre cette expérience culturelle dingue et puis j'imagine que je vais pouvoir prier comme ça toute la nuit contre les forces sombre.
Non mais voilà, ça va me faire une bonne expérience et puis peut-être qu'après j'aurai encore d'autres éléments de discussion pour continuer le dialogue avec celles et ceux qui sont très mal à l'aise concernant les questions d'Halloween.
Et si vous avez des suggestions de thèmes, si vous avez des suggestions de déguisements, si vous avez des idées pour fêter Halloween, écrivez-nous questiondecroire@gmail.com .
Merci beaucoup à l'Église Unie, notre commanditaire.
Peu importe la plateforme sur laquelle vous écoutez, n'oubliez pas d'aimer, de partager, de laisser un commentaire, ça aide toujours pour le référencement.
Profite bien de ton voyage, Joan. Profite bien de ce temps en famille élargie.
Merci. À très bientôt.
Et on se reparle très bientôt. Au revoir.

Wednesday Oct 04, 2023
Wednesday Oct 04, 2023
Jésus était-il woke?
Les politiciens de tous côtés ont leur opinion sur la religion. Mais que pouvons-nous dire au sujet de Jésus deux mille ans plus tard? Était-il woke?
Pouvons-nous déterminer pour quel parti il aurait voté? Et comment les Églises doivent-elles se positionner par rapport à la politique? Dans cet épisode, Joan et Stéphane explore ce sujet particulièrement délicat pour plusieurs.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la spiritualité et la foi, une question à la fois. Cette semaine, Jésus était-il woke? Bonjour Stéphane. Bonjour Joan.
Se faire associé au wokisme
Alors comme ça, on nous envoie des questions subversives.
Oui, c'est Geneviève qui voulait savoir, pas nécessairement si Jésus était woke, mais pourquoi cette obsession de certains de faire un lien entre la religion et la politique, Jésus et la politique.
Est-ce que Jésus était d'un bord ou de l'autre? Toi, Joan, as-tu vécu quelque chose dans ce genre-là?
Alors oui Stéphane, j'ai été invitée dans un cercle, un cercle de réflexion biblique, un cercle plutôt réformé libéral dans ma région en Alsace.
Et j'y suis allée d'ailleurs avec ma grande fille Marisol, qui est donc étudiante en théologie, et j'ai fait ma présentation avec mon style tout particulier.
C'est vrai que je suis une féministe engagée, je suis assez déconstruite sur les sujets qui m'intéressent, j'ai beaucoup d'autres choses à apprendre.
J'ai fait ma présentation avec tout mon vocabulaire en essayant d'expliquer. J'avais amené des livres. J'avais amené des pins. Tu vois, enfin j'ai essayé d'être dans un truc un peu dans l'échange.
Et au moment des questions-réponses, il y a eu comme un cri du cœur d'un monsieur, un petit peu plus âgé, plutôt blanc, plutôt très instruit. Un cri du cœur, mais tu vois, un cri qui te perce un peu.
Et c'était une sorte de mélange que je retraduirais en une seule phrase, du style « Ah bon, si j'ai bien compris, alors les féministes chrétiennes, c'est encore du wokisme! »
Je dois reconnaître que j'étais stupéfaite parce que j'avais passé 45 minutes à expliquer ce que pouvaient être le féminisme chrétien.
Déjà, il n'y en a pas un, il y en a plusieurs. Il me semblait que j'avais parlé depuis un point de vue situé, théologienne, féministe, progressiste, inclusive.
Je ne m'étais pas cachée derrière le paravent de je ne sais quelle neutralité.
Et d'un seul coup voilà que le wokisme faisait son entrée sur un tapis rouge assez énervé et j'ai vu la tête stupéfaite de ma fille qui après dans la voiture m'a dit mais franchement faut que les vieux ils arrêtent de parler de ça.
Et c'est vrai que je crois qu'une partie de la population maintenant, notamment dans nos Églises, a compris qu'il y a un courant qui déconstruit les choses.
Et comme ça les effraie beaucoup, ça les interpelle, ça les déplace énormément, ce mot parapluie, woke ou wokisme, est vraiment super pratique.
Tant et si bien que dans le journal Réforme, qui est un journal auquel je suis abonnée, je suis peut-être un peu la seule à le lire des gens de mon âge, mais j'aime bien le lire, notamment parce que je bosse beaucoup en Suisse, tu vois, donc ça me permet aussi d'être connectée au protestantisme français.
Eh bien, il y a eu plusieurs tribunes où différents chercheurs, penseurs, souvent des hommes d'ailleurs, s'interpellaient les uns les autres sur la question du wokisme.
Et ça nous amène à cette question. Mais du coup, Jésus, lui, il devait être hyper woke pour son époque.
Catégoriser les message de Jésus 2000 ans plus tard
C'est ça le danger, je crois, avec Jésus de Nazareth, qui était un homme qui a vécu il y a 2000 ans, et d'essayer d'appliquer des grilles d'analyse qui sont très XXIe siècle, le danger c'est de dire n'importe quoi.
Jésus était féministe. Selon quels critères? Selon un critère de l'Empire romain ou selon des critères d'aujourd'hui?
Jésus était de gauche, Jésus était de droite. Tout ça, c'est un peu arbitraire.
Personnellement, je pense qu'on s'éloigne de ce que Jésus a essayé de proclamer. Et je crois qu’en Amérique du Nord, Jésus et la religion ont été cooptés par la droite.
C'est cette idée de l'ordre, c'est l'idée de la structure sociale, ce n'est pas le message révolutionnaire du royaume des cieux, que c'est une certaine droite ou c'est certains gens qui prônent une espèce de statu quo qu'ils veulent.
Parce que Jésus, c'était un grand critique des autorités. Jésus proposait un autre modèle de société.
Et c'est bizarre de voir des gens qui sont un peu réactionnaires, de dire « Ah, moi c'est Jésus que je suis ». Il y a comme une déconnexion, je trouve.
Un Jésus en dehors des cultures
C'est vrai, moi j'aime bien revenir un peu à la théologie des deux règnes, la théologie luthérienne des deux règnes.
Alors pas y revenir pour l'appliquer de façon justement fondamentaliste, non, mais y revenir pour réfléchir à cette belle possibilité de faire un pas de côté qu'elle nous offre cette théologie des deux règnes.
D'un côté il y a le règne spirituel et de l'autre il y a le règne temporel. Et nous on est appelés d'abord à construire le royaume de Dieu et normalement de ça découlera le reste.
Mais ça ne veut pas dire se désengager pour autant, ça ne veut pas dire ne pas voter, ne pas payer ses impôts, ne pas être citoyen, citoyenne active, active au niveau qui nous appelle, qui nous semble dans lesquels on va être à l'aise.
J'aime beaucoup cette théologie des deux règnes pour ça, et c'est pour ça qu'à la Fédération luthérienne mondiale, pendant tout un temps, quand il y a des nouvelles Églises qui sont venues rejoindre la Fédération luthérienne mondiale, semblerait-il dans les années 1990-2000, moi je ne suis pas une spécialiste mais c'est un peu ce qu'on m'a expliqué, eh bien, il fallait réfléchir justement à quel rapport, à Jésus et à la culture.
Parce que les Brésiliens, ils disent que Dieu est brésilien et ce ne sont pas les seuls. On a d'autres exemples beaucoup plus graves. Tous les nationalismes, dont le nazisme.
Et donc la Fédération Luthérienne mondiale avait sorti un document qui expliquait que Jésus a un rapport très subtil à la culture, à la fois anticulturel, aculturel, contre-culturel et multiculturel.
Et maintenant en plus on peut rajouter, parce qu'en 2023 ce document est plus ancien, on peut rajouter interculturel probablement.
Voilà, donc de dire, mais en fait, Jésus se situe dans tous les aspects de la culture qui nous interroge, qui nous font grandir et qui nous permettent de faire avancer le royaume.
Mais par contre, Jésus, il ne peut pas être associé à une culture.
S’approprié les mots de Jésus
Les paroles de Jésus, malheureusement, sont utilisées un peu à toutes les sauces.
Jésus qui va dire « Rendez César ce qui revient à César », qui ne veut pas s'immiscer nécessairement dans les choses de l'Empire romain, prendre un côté ou un autre, mais également, il critique sévèrement les dirigeants de sa société.
Lorsqu'il fait une crise dans le temple, il accuse les autorités d'être une bande de voleurs. Donc, il y a un Jésus qui, je crois, comme plusieurs personnes, peut-être choisit ses batailles.
Il y a peut-être un Jésus qui est un peu plus complexe qu'on aimerait.
Ça laisse perplexe et ça ouvre la possibilité de choisir un verset qui me fait mon affaire et oublier tous les autres versets qui ne rentrent pas dans mon idéologie politique ou religieuse ou sociale.
Être inclusif ou vouloir exclure
Pendant toutes ces années où j'ai travaillé les questions d'inclusivité et d'inclusion, pour arriver un peu au résultat après 15 ans que je pourrais reprendre tout l'ouvrage depuis le début.
C'est incroyable, j'ai pas du tout l'impression d'être experte dans ce domaine, j'ai juste l'impression d'être passée par plein de phases différentes.
Et maintenant je suis un petit peu à cette étape, où je me rends compte qu'il y a quand même beaucoup de fois, dans mes raisonnements inclusifs, où j'ai montré du doigt celles et ceux qui étaient quelque chose faux.
Je ne l'ai peut-être pas toujours dit moi-même, mais j'ai laissé les gens dire « ah mais tu sais, ce n'est pas des vrais chrétiens ».
Et c'est un peu terrible, parce que, évidemment que les questions LGBTQ+ sont politiques.
Et évidemment que si je décrète que Jésus est de notre côté, je le politise. Et donc forcément à un endroit je l'instrumentalise, même avec toutes les meilleures intentions du monde.
Et donc c'est compliqué après 15 ans de faire un petit peu ce constat et en même temps de se dire que je suis comme les chrétiens de droite, j'ai besoin de me sentir soutenue, en fait, parce que certains combats sont difficiles, même pour les chrétiens de droite, il y a des combats difficiles qui mènent.
Et donc, quelque part, je peux comprendre aussi les cultures d'Église, comme celle de mon Église d'origine, l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine qui essaye de faire de sa philosophie d'être ce qu'on appelle légitimiste.
On légitime le pouvoir en cours, justement au nom de cette théologie des deux règnes, parce qu'on se dit certainement c'est la volonté de Dieu puisque c'est le peuple qui élit, donc il y a certainement là quelque chose qui nous échappe et qui est de l'ordre du souffle, les choses se font comme ça parce que c'est la volonté de Dieu et que c'est bon pour le peuple.
Donc, nous ont a plutôt cette culture où on nous transmet cette façon d'être légitimiste et moi j'ai beaucoup de mal avec ça puisqu'on a des villages luthériens par exemple dans le nord de l'Alsace qui ont déjà pu voter à 70% pour l'extrême droite.
Des villages luthériens ou même réformés d'ailleurs on ne va pas pointer les luthériens du doigt.
C'est très délicat puisque on est avec ces réalités sociologiques qui s'expliquent aussi par des constructions théologiques Et puis en même temps, il y a toujours un peu de sagesse là-dedans aussi.
Appartenir à une Église woke
Moi, je suis avec l'Église Unie du Canada qui a la réputation d'être à gauche de la gauche, des « justice warriors ». On est des combattants pour la pauvre, la veuve et l'orphelin. C'est la justice sociale même avant l'évangile.
Nous sommes la plus grande Église protestante au Canada, alors on se dit, c'est la gauche qui va être au pouvoir, parce qu'il y a une question de nombre.
Ce qui nous fait penser, parfois, on a un discours en tant qu'Église et les gens y adhèrent, mais y n’adhèrent pas. C'est plus compliqué que ça.
Ce n'est pas parce qu'une Église se prononce d'une manière sur un sujet et dit, ah ça s'aligne sur les paroles de Jésus qui a dit ouvrez les guillemets, blablabla, fermez les guillemets, que les gens vont nécessairement regarder ça et vont dire, ah oui, voilà ma position.
Appartenir à une Église apolitique
Alors vraiment, on vient de deux milieux d'Églises très différents, puisque chez nous, dans l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, on recommande souvent aux pasteurs, aux prédicatrices, aux ministres, maintenant qu'il y a la diversité des ministères, de ne pas faire de politique.
Et celles et ceux qui transgressent cet interdit savent qu'ils vont être convoqués. Ça fait partie du procès. C'est quelque chose qu'on sait quand on le fait.
La dernière en date, c'est Caroline Ingrand-Aufet, qui est une pasteure à Kolbsheim. Kolbsheim, c'est à l'ouest de Strasbourg.
Il y a eu le genre de drame qu'on voit à la télé, c'est-à-dire une plaine fertile, extrêmement fertile, qui a été sacrifiée pour faire le grand contournement ouest de l'autoroute parce que c'est vrai que les gens étaient bloqués des heures dans les embouteillages.
Donc il y a une autoroute avec péage. C'est le côté péage qui a fait tiquer tout le monde, c'est-à-dire que c'est pour les gens qu'on fait ça ou c'est pour l'argent, voilà.
Et toutes ces terres fertiles ont été sacrifiées et une partie d'entre elles étaient des terres qui appartenaient justement à des luthériens et des fermes, mais depuis des générations, tu vois.
Donc, ça a touché au cœur les gens des paroisses, là, qui n'avaient jamais rien fait à personne, à part nourrir finalement la région.
La pasteure Caroline, le père politicien, l'un des rares pasteurs politiciens, lui avait transmis cette liberté.
Et donc elle est allée manifester, elle a prêché, elle a fait des cultes avec des arbres coupés. Donc c'était l'enterrement des arbres.
Elle a fait des choses, voilà, ouais, des actions très fortes. Et puis elle a été convoquée, bien sûr, à la direction d'église. Plusieurs fois, on lui a demandé de se calmer, d'arrêter d'apparaître dans les médias.
Elle est restée très digne et droite, je trouve. Mais c'est vraiment l'exception chez nous. C'est-à-dire qu'en fait, à chaque fois qu'on parle de politique ou d'activisme, quelqu'un va dire « Ah ouais, mais il y a Caroline », et puis son père qui vient juste de décéder d'ailleurs, on lui rend hommage.
Voilà, donc des gens qui s'engagent comme ça, alors qu'ils sont pasteurs, ministres, c'est juste l'exception qui confirme la règle.
Puisqu'il y a cette interdiction qui est tacite et en même temps, il y a des conséquences puisque tu es convoqué, puis après pour la suite de ta carrière, tu as quand même une sacrée réputation.
Les liens entre la politique et l’Église
En Amérique du Nord, depuis très longtemps, il y a une association entre la religion et la politique.
Mon père est de la génération qui a connu les prêtres catholiques romains qui, durant leur prêche du haut de la chair, disaient que le ciel est bleu et l'enfer est rouge.
Un clin d'œil que le Parti conservateur est associé à la couleur bleue et le Parti libéral est associé à la couleur rouge.
Donc le ciel est bleu, l'enfer est rouge.
Et je reviens toujours à l'histoire de la tentation de Jésus dans le désert lorsque Satan dit « Tous les royaumes du monde sont à toi si tu te genoux devant moi ».
Et je trouve que c'est ça la tentation des Églises de tout temps de vouloir s'aligner sur les États, de vouloir influencer les États, de choisir un parti politique pour l'amener au pouvoir.
Et, dans l'histoire canadienne, les pires moments de la chrétienté ont été lorsque l'Église s'est alignée sur l'État.
Le 30 septembre est devenu la journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada avec les peuples autochtones.
C'est les Églises qui ont dirigé, administré tous ces pensionnats où il y a eu un génocide culturel pour les autochtones, où il y a eu des abus sexuels, où il y a eu des abus physiques et des abus psychologiques. Et c'est les Églises qui géraient ça au nom de l'État.
Quand une Église légitimise le politique
Et je pense que c'est un peu la particularité de mon union d'Églises.
Elle est le fruit de vicissitudes politiques, puisque l'Alsace et la Lorraine ont été annexées par l'Allemagne, récupérées par la France, annexées par l'Allemagne, récupérées par la France.
Et à chaque fois, ont été à la merci, en fait, d'idéologies ou de courants politiques sur lesquels les autochtones, justement les locaux, avaient peu de prise.
Et donc, l'Église a développé cet éthos qui est très agaçante en 2023, à la fois d'être légitimiste et d'essayer de pratiquer une espèce de neutralité bienveillante, en se disant de toute façon la politique c'est quelque chose qui est instable, donc nous essayons d'être comme le roseau qui plie mais ne se brise pas.
Et ça amène d'autres difficultés, c'est-à-dire qu'en ce moment il y a une grande réflexion sur le passé de nos dirigeants luthériens notamment et de familles pastorales luthériennes entre 38 et 45.
Parce qu'un certain nombre de ces familles et de ces dirigeants étaient germanophones, étaient germanophiles, se sentaient appartenir à une culture germanique bien plus qu'à une culture issue des cultures françaises.
Et ce qui a fait que pendant très longtemps, disons de 1938 à 1942 au moins, une grande partie des familles dirigeantes luthériennes n'ont eu aucun problème à collaborer avec les Allemands.
Nous, on dirait, ah, ils ont collaboré avec les nazis. Et c'est vrai, d'un point de vue, maintenant, historique, c'est juste.
Mais de leur point de vue situé, ils ne collaboraient pas, ils retrouvaient enfin des liens d'amitié avec des gens avec qui partageaient la même culture.
Et donc, il y a vraiment cette difficulté, et dès le début, on en a parlé, en fait, de qu'est-ce qui est culturel, qu'est-ce qui est politique. À quel endroit est-ce que Jésus a sa place? Est-ce qu'il y a du coup quelque chose qui peut être habité par une culture de Jésus, une culture chrétienne?
Si c'est le cas, des fois on peut avoir cette surprise, si je reprends le luthéranisme, que finalement les luthériens alsaciens se sentaient plus à l'aise avec les luthériens allemands parce qu'ils avaient plein de choses en commun culturellement.
Et donc le nazisme passait très loin, très loin au deuxième, cinquième, dix-huitième plan. Et pourtant, c'était des agents du nazisme et des agentes du nazisme.
Donc il y a toute cette difficulté qui fait que maintenant, on a développé cette tiédeur terrible envers un positionnement politique. Finalement, parce qu'on a fait des erreurs dans le passé, on a juste très peur de se tromper à nouveau, en quelque sorte.
Et ça va jusqu'à un point qui va sûrement te surprendre, c'est que tu ne trouveras presque pas de paroisses luthériennes ou réformées en Alsace-Lorraine qui louent, même contre de l'argent, une salle pour un meeting politique local.
Et ça va à l'encontre du bon sens, parce qu'à la fois, on a besoin de cet argent.
Ensuite, ça permet au pasteur d'aller saluer des gens et peut-être de dire une parole, tu vois, une parole tranchée, une parole efficace ou de se signaler, de dire voilà, si vous avez des questions sur les étrangers, moi-même, je suis issu d'une famille d'étrangers. Je ne sais pas.
Tu vois, chacun trouve son discours, sa façon de se positionner.
Et puis ça permet du coup peut-être de créer le débat, de dire voilà cette façon d'accueillir les socialistes et la prochaine fois on veut bien accueillir l'extrême droite mais à chaque fois selon telle condition.
Et peut-être du coup de reprendre une place dans le débat public. Mais comme ça demande finalement un plan global de se ressaisir de la question du politique et du religieux, on préfère s'en abstenir parce que bon il faut reconnaître le bateau prend l'eau, il y a beaucoup d'eau d'urgence.
L’appel de Jésus pour la justice sociale
Je trouve ça triste lorsqu'on n'est pas capable de faire la différence entre la politique partisane, la politique organisée en parti politique, en mouvement politique, et la politique dans le sens de l'organisation de la société.
Je crois qu'il y a une place pour les Églises de parler de justice sociale, de parler de de lutte à la pauvreté, de l'inclusion, de créer, comme tu as dit, des espaces de discussion, des espaces de débat, qui ne prend pas un parti pris pour un groupe ou un autre, mais qui invite justement à la conversation.
Dans la doctrine de l'Église Unie du Canada, il y a une phrase qui dit nous sommes appelés à rechercher la justice et à résister au mal.
Ça ne dit pas qu'on est appelé à voter pour tel parti, mais comment on peut faire cette promotion de cette justice pour les plus démunis de notre société, comment on peut résister au mal qui ne se manifeste pas exclusivement d'une manière théologique, mais le mal de l'exploitation économique d'une multinationale sur des pauvres employés.
Il y a plein de façons de réfléchir sur notre société d'une manière théologique d'une manière spirituelle, sur des bases de foi, sur les enseignements de Jésus, sans nécessairement s'aligner pour un parti ou pour un autre.
Je crois qu'on a un rôle pour aider les gens, les Églises, les croyants.
On a un rôle aider les gens à réfléchir sur les enjeux, de souligner des choses, d'aider à voir les sujets qui sont peut-être dans notre angle mort, puis qu'on prend pour acquis.
Il y a quelque chose là-dedans qui est dans la ligne des paroles de Jésus, je crois.
Créer des zones de conversations entre les gens
Oui, moi, j'aimerais bien un peu terminer ce témoignage et puis ce que j'ai envie de partager aujourd'hui sur ce sujet avec cette initiative qui était née suite à tous ces votes extrême droite dans ces villages identifiés vraiment luthériens et pour certains réformés, plus de 70%. Donc, ça a été une gueule de bois terrible.
Les pasteurs des lieux ne comprenaient pas, tout simplement.
Et comme on ne comprenait pas, Il y a eu tout un collectif qui s'est engagé pendant des années, je crois que maintenant ça s'est un peu essoufflé, qui s'appelait Comprendre et s'engager.
Et ce collectif était vraiment porté par des gens d'Église, des gens qui votaient un peu de tout mais pas extrême droite, des gens qui se sont dit on va faire des réunions, on va prendre des thématiques, on va essayer de parler de l'immigration, on va nommer les mots.
On va nommer des choses que les gens perçoivent comme des mots pour qu'on puisse en parler ensemble, pour comprendre et s'engager.
Et j'ai trouvé cette initiative magnifique. Moi, j'étais encore jeune étudiante et puis après, j'étais jeune maman. Moi, j'étais carrément au sud de l'Alsace et au nord. On ne s'est pas rencontrés au bon moment, disons.
Mais quand j'y pense maintenant avec du recul, je me dis c'était génial d'oser faire ça et de le proposer dans des territoires où justement toutes ces questions avaient été mis sous le tapis et on en a récolté les résultats après.
Voilà, donc comprendre et s'engager. Je crois que ça reste un beau slogan.
Conclusion
Merci beaucoup Joan pour cette conversation qui n'est pas toujours facile, qui n'est pas toujours évidente dans nos églises. Si vous avez trouvé que nous avons été trop woke ou pas trop woke, Mais non, questiondecroire@gmail.com. Si vous voulez partager cet épisode, s'il vous plaît, faites-le.
Peu importe la plateforme sur laquelle que vous écoutez, laissez un commentaire, aimez.
Je vais prendre quelques secondes aussi avant de conclure pour remercier l'Église Unie du Canada, l'un de nos commanditaires. Je te souhaite une bonne semaine, Joan. Merci à toi aussi Stéphane et à nos auditeurs et auditrices aussi. À bientôt de vous lire.
À très bientôt. Au revoir.

Wednesday Sep 20, 2023
Wednesday Sep 20, 2023
La définition du blasphème n'est pas pareille d'une personne à l'autre. C'est surtout plus difficile lorsque la situation est reliée à une activité à l'intérieur d'une église.
Dans ce premier épisode de la 2e saison, Joan et Stéphane explorent les raisons qui influencent les réactions de certains chrétiens, abordent les contextes historiques qui ont défini la notion de blasphème et expliquent la notion de blasphème contre le Saint-Esprit.
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Bonjour, bienvenue au début de la deuxième saison de Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité une question à la fois. Cette semaine, est-ce que les protestants peuvent blasphémer?
Bonjour, Stéphane, c'est génial de reprendre.
Absolument, bonjour, Joan, je suis content qu'on se parle de vive voix de nouveau.
Un spectacle controversé dans une cathédrale
C'est la rentrée et à la rentrée, on aime bien un petit peu en Église, discuter, faire un peu du ragot autour des petits scandales de l'Église.
Et alors, moi, tu sais que je suis en ministère à Zurich auprès de pas mal de paroissiens qui sont originaires de Romandie, qui sont vaudois, romands, voilà.
Et donc, on m'a tenue informée d'un assez grand scandale à Lausanne cet été, lors du célèbre Festival dans la Cité, qui est donc un festival, je le rappelle, organisé par la mairie de Lausanne et puis d'autres associations, d'autres personnes.
Et l'un des grands moments, c'est l'un des spectacles dans la cathédrale réformée de Lausanne. Et là, il y avait un spectacle un peu anticonformiste, avec une chorale et puis un certain nombre... Voilà, c'est un spectacle, quoi.
Et sur le grand écran, figure-toi qu'il y a un mot qui est apparu en anglais. Un mot terrible qui, depuis, a créé une zizanie pas possible, « ejaculate ».
Et puis alors, tiens-toi bien, c'est un spectacle qui critiquait les banquiers, les gens des assurances et même les policiers. On aura tout vu. Alors, la pasteure qui était en vacances n'était pas au courant du contenu du spectacle puisque c'est le festival dans la cité.
Donc la pasteure, elle part en vacances, on lui demande est-ce qu'on peut utiliser la cathédrale? Elle voit ça avec son conseil d'administration des locaux, je ne sais pas comment ça s'appelle.
Et puis elle part en vacances et à son retour de vacances, c'était vraiment le scandale dans la presse, tout le monde l'interpellait.
Comment avait-elle pu autoriser? Ma foi a un festival qui n'est pas un festival de la paroisse, c'est une cathédrale, tout le monde y a accès dans une ville. Elle est tombée des nues.
Alors, ça nous a fait un peu réfléchir, moi et d'autres, sur la notion de blasphème. Donc en fait, c'est tout à fait OK quand on nous demande de louer ou de prêter nos églises.
Si on ne le faisait pas lorsqu'il y a des événements non religieux, comme on dit profane, on nous taxerait très certainement de quoi? De rétrograde, on nous rappellerait que tout le monde a payé des impôts pour nos bâtiments d'Église, on nous rappellerait que ça coûte cher, etc.
Donc nous, de bonne foi, on prête nos locaux, on prête nos églises. Et puis après, quand le contenu est un tout petit peu trop olé olé, on nous demande pourquoi est-ce qu'on autorise comme ça des blasphèmes pareils dans nos locaux.
Est-ce un blasphème de danser dans une église
Mais peut-être que ce n'était pas blasphématoire.
Selon le dictionnaire de l'Académie française, une éjaculation est une prière courte et fervente qui jaillit du cœur. Peut-être que c'était très religieux comme sujet. Non, je déconne.
C'est vrai qu'il y a un enjeu parce que, pour prendre l'exemple d'un bâtiment d'Église, c'est quand même, je dirais, juste des pierres, des briques, du mortier, du bois.
Mais on dirait que ce lieu-là, parce qu'il y a un rassemblement de croyants, est nécessairement plus sacré, différent du reste de la société.
Ça me fait penser lorsque j'étais dans une paroisse plus traditionnelle. Toutes les années, cette paroisse avait comme un spectacle, comme un musical que les paroissiens organisaient autour d'un thème biblique.
Et c'était une grosse chose. Les gens avaient beaucoup de fierté là-dedans. Ça pouvait être l'histoire des prophètes, Moïse, des choses comme ça.
Et c'était, cette année-là, l'histoire du fils prodigue. Et dans la pièce, il y avait une partie où on devait danser. Il y a un gros débat, c'est est-ce qu'on peut danser dans le sanctuaire de l'église?
J'ai dit, mais on n'est pas en 1933 ici. Et c'est dans le contexte de la pièce, c'est très pertinent dans l'histoire. Mais pourquoi on n'aurait pas le droit de danser, et on ne parle pas ici de danse liturgique et rien d'érotique, c'était de la danse, comme on peut voir dans une boîte de nuit.
Mais pourquoi à un endroit c'est acceptable et l'autre ce n'est pas acceptable?
Les gens qui aiment crier au blasphème
Lorsque j'étais là ces dix dernières années en ministère tout à fait volontaire, bénévole, à l'antenne inclusive de la paroisse luthérienne Saint-Guillaume de Strasbourg, j'étais déjà en tandem avec mon collègue actuel, le pasteur Christophe Cocher, et lui, il aime beaucoup tout ce qui est audacieux.
Ce qui fait que lorsqu'il y a eu le festival du film d'horreur, la paroisse a été interpellée pour projeter l'exorciste.
Et là, évidemment, il y a un nombre incroyable de jeunes parce que là, on parle quand même de festivals et d'événements. Toi aussi, avec ton musical qui touche des jeunes. Alors, on ne fait pas les choses pour que les jeunes viennent, mais on est aussi censé faire des choses pour que les jeunes viennent.
Ça devrait pouvoir être possible de faire des choses pour tous les âges. Et pas que pour une certaine classe d'âge qui vient nous dire que tout ce qu'on fait d'autre ne leur convient pas. Enfin, ce n'est pas comme ça que ça devrait fonctionner l'Église.
Et donc, il y a plein de jeunes qui sont venus voir l'exercice dans une église parce qu'ils ont trouvé ça génial.
Donc l'église était remplie à ras bord, je ne sais pas combien, plusieurs centaines. Et ça a fait beaucoup jaser.
Je crois même que le président d'Église s'est fendu d'une lettre. Pas pour le féliciter d'avoir eu, qui étant jeune dans l'église, pour se plaindre.
Donc mon collègue, ni une ni deux, il a organisé une conférence sur le thème de l'exorcisme et une table ronde.
Mais tu crois que les gens qui l'ont critiqué seraient venus? Non, ils ont une invitation personnelle pourtant.
Et donc c'est là que l’on comprend que c'est tout à fait autre chose, qu'en fait les gens parlent de quelque chose en eux qui n'est pas réglé avec le bâtiment d'Église, parlent de leur compréhension du sacré, qui est devenue intouchable en fait, c'est une compréhension qui est devenue inquestionnable.
Le blasphème de l’un n’est pas le blasphème de l’autre
La question du blasphème est souvent personnelle dans le sens où ce qui est blasphématoire pour une personne ne l'est pas nécessairement pour l'autre. Il n'y a pas une espèce de règle absolue qui définit et qui gère tous les cas de figure.
Donc pour moi ce qui est blasphématoire ne l'est peut-être pas pour l'autre et vice versa.
Et d'où la question qui décide. Dans une paroisse, est-ce que c'est la personne qui a le plus de pouvoir? Est-ce que c'est la personne qui donne le plus d'argent pour financer les activités? Est-ce que c'est la tradition? Est-ce que c'est une lecture littérale de la Bible?
Je vais te donner un exemple.
Quand je fais mes capsules pour les médias sociaux sur Instagram, sur TikTok, j'utilise parfois une marionnette de Jésus et je lui parle, je lui pose des questions.
Une fois, il y a une personne qui m'a écrit comment tu peux faire ça, c'est une vraie honte, tu te dis pasteur. Dans la Bible, c'est marqué, on n'a pas le droit d'avoir d'icône et tout ça.
J'ai répondu, mais c'est un jouet. Je ne vénère pas cette marionnette. Je ne crois pas que cette marionnette est Jésus. Je l'utilise comme un objet didactique pour attirer l'attention des gens, pour amorcer une explication.
Mais pour cette personne-là, c'était un blasphème, c'était un sacrilège absolu. Je ne veux pas qu'on m'impose une espèce de grille, mais je ne devrais pas aussi être capable d'imposer une espèce de grille parce que moi, je suis un peu choqué que tout doit arrêter pour tout le monde.
Quand la culture définie le blasphème
Alors, il y a aussi, c'est sûr, des données culturelles à prendre en compte. Là où je vis la moitié du temps, en Alsace-Lorraine, on a longtemps eu, en fait, un délit de blasphème. Et ouais, c'est assez dingue.
C'était un peu une exception dans les territoires français. Et il n'a été abrogé qu'en 2017. Mais oui, c'est très récent, ce qui fait que, du coup, les personnes se sentent aussi autorisées, quand elles ont été élevées dans cet état d'esprit, à parler de blasphème, puisqu'on les a élevées à repérer ce qui pourrait relever du blasphème.
Et c'est vrai que comme on est dans une région de France qui malheureusement a connu l'antisémitisme d'une façon assez forte, puisqu’avant on était la région d'Europe, avec le plus de mélange dans les villages entre juifs, protestants et catholiques.
Ça, c'était l'exception européenne, c'est-à-dire qu'en Alsace-Lorraine, il y a quelque chose par le protectorat de tous nos petits seigneurs, par le fait que dans le reste de la France, les protestants avaient été persécutés, mais pas dans la région Grand-Est. Je dis Grand-Est pour simplifier, mais voilà la région Rhénane.
Du coup, les protestants savaient qu'eux, ils avaient été protégés ici, mais qu'ailleurs, les autres avaient été déportés, massacrés, avaient dû s'exiler.
Et donc, ils ont aussi toujours mis en place des systèmes. On ne pourrait pas prétendre que les gens célébraient les différences, mais ils s'entraidaient dans leur vie très fragmentée.
On ne se mariait pas les uns avec les autres, ça c'est évident. On n'était pas enterrés dans les mêmes coins du cimetière, mais il y avait quelque chose joué là de l'ordre de la survie quand on est une minorité.
Et malheureusement, quand le régime nazi est venu, les juifs n'ont pas du tout été protégés à la hauteur de toute cette coexistence parce qu'une partie de la population était finalement germanophile et donc n'a pas vu venir derrière tout ce que ça pouvait comportait de terribles.
Il y a une racine, quelque chose de très fort dans cette région, qui fait qu'on apprenait à repérer le blasphème aussi pour protéger les communautés religieuses des éventuels abus de langage, des profanations de tombes, etc.
Donc ça pouvait être un ressort intéressant dans ce temps-là. Mais malheureusement, d'abord, ça n'a pas empêché le terrible massacre des Juifs. Ça n'a pas empêché avant 2017 toutes les profanations de tombes.
Et à partir de 2017, on l'a abrogé parce qu'il y a quand même des gens qui s'en saisissaient parfois pour attaquer la créativité, pour attaquer les spectacles dans les églises, donc ça a été abrogé.
Alors voilà, il y a parfois aussi des gens qui viennent de cultures dans lesquelles on peut s'en saisir.
Je pense tout particulièrement à certaines cultures arabo-musulmanes ou bien orientalo-musulmanes dans lesquelles on se saisit beaucoup de ce concept de blasphème pour empêcher finalement la pluralité.
Mais, comme dit, nous dans notre région, Alzaco-Mosellans, on s'en est saisi aussi pendant très longtemps. Donc, ça n'a finalement pas grand chose à voir avec la culture ou la religion. Simplement, ici, ça a été abrogé.
Une pièce de théâtre jugée blasphématoire
Je t'écoute et ça me fait penser à une pièce de théâtre qui a été présentée pour la première fois en 1979 au Québec, à Montréal. Ça s'appelle Les fées ont soif.
C'est une pièce de théâtre qui visait à dénoncer le patriarcat dans le grand mouvement féminisme. Et c'est une série de monologues et un de ces monologues était la Vierge Marie qui se plaignait un peu du rôle qu'on y réserve, ainsi de suite.
Et ça a créé une commotion. Les gens qui manifestaient devant le théâtre. J'y vois un lien.
On n'a pas eu de loi qui réussissait le blasphème, mais tu parles de gens qui ont été élevés dans cette culture. On était encore au Québec, au Canada français, dans une culture très ancrée dans le catholicisme romain.
Aujourd'hui, de ce côté-ci de l'Atlantique, nous sommes dans une société beaucoup plus séculaire. Je ne crois pas qu'une telle pièce de théâtre ferait un scandale et qu'on crierait au blasphème. Donc il y a aussi ces questions de contexte, ces questions générationnelles, ces questions de la façon qu'on a été éduqué, la culture dans laquelle on a été éduqué, qui fait qu'on peut crier au blasphème plus rapidement ou moins rapidement.
Le blasphème et les icônes du féminisme
C'est vrai. Alors, on dirait que ça n'a rien à voir. Et en même temps, j'ai écouté un podcast sur Simone de Beauvoir. Donc, je ne vais pas partir dans cette idée du féminisme. Mais c'est vrai que Simone de Beauvoir, elle a tellement fait scandale quand elle a sorti son livre, Le Deuxième Sexe.
Et dans le podcast, on apprend qu'en fait, ce livre-là, il est étudié dans pratiquement toutes les grandes universités en Iran, Stéphane.
En Iran, si tu demandes à la plupart des jeunes femmes québécoises ou françaises, peut-être qu'elles ne lisent même plus ce texte. Enfin, elles savent que le livre existe. Elles connaissent certaines parties qu'on utilise à tort et à travers.
Mais les jeunes étudiantes iraniennes, quand elles étudient la culture française, quand elles étudient le féminisme, par exemple, en géopolitique, elles le lisent, ce livre.
Et donc, je suis hyper étonnée de voir combien nous, on pourrait penser que la société iranienne a une tendance à pointer du doigt, à décréter que plein de choses sont des blasphèmes. Et nous, quand le bouquin est sorti en France, il était très blasphématoire finalement.
Il y a toujours des inversions, des décalages selon les cultures, à d'autres endroits où ça va être... intégrer à la culture d'autres endroits où, sur le moment, ça va être décrié.
Là, j'ai regardé aussi la minisérie sur Brigitte Bardot. Elle est un peu triste, cette minisérie, mais elle est hyper révélatrice d'une époque. Et à la fin, mon mari m'a dit, mais en fait, presque toutes les actrices sont un peu comme Brigitte Bardot aujourd'hui, mais ça ne choque plus personne.
Elle a fait certaines choses, elle a montré certaines parties de son corps, elle a dit certaines choses. Et puis, on crie aux blasphèmes aussi. Elle a divorcé aussi, trois ou quatre fois, enfin. Elle avait une vie très libre, comme beaucoup d'actrices maintenant.
Le blasphème contre le Saint-Esprit
Donc ça dépend toujours des époques. Une fois, il y a un pasteur qui a prêché et qui m'a donné une clé de lecture assez intéressante à propos du blasphème contre le Saint-Esprit.
Alors que dans d'autres Églises, par exemple les églises évangéliques, néopentecôtistes, on leur en parle beaucoup.
Et ce pasteur, comme il travaillait en banlieue parisienne, il avait des paroissiens qui l'avaient interpellé. Donc il a bossé là-dessus, et j'étais une fois à une pastorale en région parisienne, et il nous a sorti le tableau de Guernica, de Pablo Picasso.
Ce tableau, d'abord il était en noir et blanc, ou en tout cas dans les sombres et les clairs, et puis après il a été colorisé. Mais en noir et blanc, c'était d'abord une tapisserie, un côté aussi très, très brut dans la façon dont on s'approche de cette œuvre, du fait des couleurs, des tonalités, du fait de la matière. Après, ça a été numérisé, mis en tableau, mais voilà.
Et il nous a montré ça. Il a dit, vous voyez le blasphème contre le Saint-Esprit. Voilà comment je le comprends.
C'est quand on regarde une un massacre comme celui-là, un massacre issu de mauvais choix politiques, stratégiques, un massacre qui entraîne des peuples dans une grande souffrance et sur laquelle on a l'impression qu'on n'a pas la main, un massacre devant lequel on se sent tout à fait impuissant, eh bien, on peut ne voir que le massacre.
Mais là, il y a un petit risque de blasphème contre le Saint-Esprit.
Alors, on l'a tous regardé, il y avait plein de pasteurs et tout, tu vois, il y avait aussi des réformés libéraux, tout le monde l'a regardé, genre, mais qu'est-ce qu'il raconte, lui, là? Il a dit oui parce que si on voit que ça, si on voit que ce qui nous choque, alors on ne voit pas ce qu'il y a là en bas, tout en bas.
Et qu'est-ce qu'il y a là, tout en bas? Il y a une fleur qui pousse.
Et dans le tableau de Guernica, c'est ça, c'est l'horreur. Et tout en bas, tout en bas du tableau, quelque part, il y a une petite fleur qui pousse.
Il a dit, ben voilà, moi, je vous propose de réfléchir à ça la prochaine fois que vous pensez blasphème ou qu'on vous interpelle sur un blasphème.
Demandez aux gens, en fait, si le blasphème, ce n'est pas justement de ne voir que Ejaculate. Ejaculate dans une église.
On va retenir que ça du festival dans ma cité? Ou on va retenir le formidable partenariat entre justement la mairie, les associations, l'association de gestion de l'église, le sacristain ou la sacristaine qui a peut-être filé un coup de main de ce jour-là, les bénévoles, les artistes, les idées derrière, alternatives, un peu anti-violence.
Qu'est-ce qu'on va retenir en fait? On va retenir Éjaculate ou on va retenir toute cette créativité?
Lorsqu'on tente de pervertir le message de Dieu, les paroles de Jésus, est-ce un plus grand blasphème?
Pour un Québécois sacré, est-ce que ce n'est pas plus blasphématoire que d'avoir quelqu'un qui se présente le dimanche matin en minijupe, par exemple?
Qui décide de la définition du blasphème?
Moi, j'en reviens un peu à ma théorie qui est la théorie d'avoir du mal à comprendre que mes paramètres ne sont pas ceux des autres. Je te donne un exemple à propos de danser dans l'église et du pasteur.
J'ai un collègue qui, à la fin d'un concert très animé, a commencé à danser avec des paroissiennes, et puis du coup, tout le monde s'est mis à danser.
C'était charmant. Moi, j'étais là, j'ai filmé, j'ai pris des photos. Un très beau souvenir. Et l'un des conseillers presbytéraux est parti furieux. Et au prochain conseil, il a dit « Comment vous avez osé danser alors que j'ai enterré mon frère dans cette église il y a juste quelques semaines? »
Et c'est un peu ça, c'est la question due que représente ce lieu pour moi? Si ce lieu représente ça pour moi, je ne peux pas attendre des autres que ça représente la même chose. Du coup, on est obligé de réaliser que chacun va avoir une autre façon d'appréhender ce qui blesse et ce qui choque.
Il ne nous reste plus que le dialogue.
Et puis, moi, j'aurais tendance à dire et l'émerveillement devant la fleur qui pousse malgré tout. Et cette fleur qui pousse, nous vous la souhaitons, chères auditrices et chers auditeurs, en tout temps et vraiment en toute saison, parce que c'est une fleur un petit peu intérieure et on a surtout envie maintenant d'avoir vos retours sur notre compréhension du blasphème qui existe, dont on parle dans la Bible avec ce verset un petit peu célèbre.
Conclusion
Comment est-ce que vous le vivez? Qu'est-ce que ça vous amène comme nouvelle question à nous envoyer?
Merci de prendre de nos nouvelles tout l'été et de nous écrire régulièrement. Et je vous dis à bientôt, à bientôt, Stéphane. Juste un remerciement à l'Église Unie du Canada, notre commanditaire. N'oubliez pas de nous écrire questiondecroire@gmail.com. Merci Joan.
À bientôt.

Wednesday Aug 30, 2023
Wednesday Aug 30, 2023
Joan nous partage un moment spécial avec des jeunes de la communauté protestante réformée alémanique.

Tuesday Aug 15, 2023
Tuesday Aug 15, 2023
Stéphane explique pourquoi il enregistre ce message de cet archipel dans le golfe du Saint-Laurent.

Friday Jul 28, 2023

Saturday Jul 15, 2023

Wednesday Jun 28, 2023
Wednesday Jun 28, 2023
Quel est le lien entre l’environnement et la foi?
L'environnement est souvent présentée comme la nouvelle Église du 21e siècle. Il faut avoir la foi en l'écologie. Dans cet épisode, Joan et Stéphane présentent le mois de la création dans le calendrier liturgique, expliquent comme devenir une "église verte" et les tenants de l'écoféminisme.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité. Une question à la fois. Cette semaine, est-ce qu'il y a un lien entre l'écologie et la foi?
Bonjour Stéphane. Bonjour Joan.
Les Églises qui relativisent la crise environnementale
Ce lien entre écologie et foi, j'ai remarqué que ça fait couler beaucoup d'encre. Et j'observe des positionnements qui me questionnent.
Alors, pour débuter avec un petit témoignage anecdote, je lisais il y a une dizaine d'années mon fameux journal protestant français qui s'appelle Réforme. Et en dernière page, il y a souvent un portrait de quelqu'un d'intéressant, de quelqu'un qu'on ne connaît peut-être pas.
Et là, c'était quelqu'un d'assez haut placé dans l'Église vaudoise d'Italie, ce qu'on appelle la Tavola valdese, donc la table vaudoise. Moi, j'ai un a priori super positif sur cette Église.
Et donc, je lis avec intérêt le portrait de ce monsieur qui, in fine, explique qu'il en a marre de toute cette espèce de mouvement urgentiste autour de la nature et de la planète et de l'écologie, que voilà, tout ça, c'est bien exagéré.
Après tout, les dinosaures avaient disparu avant nous donc voilà c'est normal il y a des moments il y a des moments dans l'histoire de la planète où il se passe des choses un peu intenses, mais voilà qu'il faut s'en remettre à Dieu et pas tellement s'affoler pour la planète, etc.
Et ce discours, venant d'une personne assez haut placée de cette Église tellement progressiste, féministe, inclusive, libérale et interculturelle, m'a fait fortement penser à certains discours pentecôtistes ou bien des baptistes du sud des États-Unis d'Amérique.
Et j'étais assez épatée de me dire qu'en fait, quand on ne sait pas quoi faire de ce sujet, la nature, l'écologie, la crise maintenant écologique, Eh bien, on a recours à des arguments massue du style « les dinosaures sont morts ».
C'est vrai que c'est confrontant cette question d'écologie, parce que nous appartenons à la société, nous contribuons à l'augmentation d'une manière directe et indirecte de CO2 dans notre atmosphère, et c'est vrai qu'on se pose beaucoup de questions.
En fait, moi, ce qui me plaît sur ce sujet de l'éco-spiritualité, l'éco-théologie, puisque maintenant ça se décline à l'infini, et j'en fais partie puisque je me réclame de l'éco-féminisme, mais j'en parlerai un peu après.
Ce qui me plaît, c'est que ça nous encourage à nous intéresser à ce qu'en disent les autres courants chrétiens.
Et j'avais découvert lors de mes fameux cours de théologie, tu vois c'est vraiment ça que ça sert, d'aller faire des cours de théologie, c'est que les orthodoxes ont cette vision de diviniser la création, de toujours œuvrer et prier pour que le divin habite la création, pour que tout le cosmos soit empli de prières et d'Esprits saints, vraiment.
Et donc ils ont aussi, semblerait-il, ce soin à la création, ils en parlent plus facilement que nous, ils veulent bénir la création.
Et c'est grâce aux orthodoxes, enfin aux théologiens et théologiennes orthodoxes, qu'on a le Mois de la création, qu'encourage beaucoup le Conseil œcuménique des Églises.
Mon mari sert dans une Église, l’Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine, où il y a pas mal de paroisses qui prennent au sérieux ce mois de la création parce qu'on a pu raccrocher ça à une tradition qui est séculaire chez nous et qui s'appelle le dimanche des moissons.
Et le dimanche des moissons, comme on est une Église qui originalement était à 95% rurale, c'était le dimanche qu'on apportait en fait à l'Église un peu son surplus des moissons, son surplus de fruits, de légumes, de blé, d'œufs et on mettait en commun.
Et j'ai vécu comme ça un culte des moissons en Afrique.
Bon là il faut s'accrocher parce que les gens amènent un poulet. Il y a eu une mise aux enchères pour soutenir l'Église et ses activités.
Quelqu'un a acheté un poulet pour moi. Ce jour-là, c'était un grand jour parce que pour la première fois de ma vie, on m'a offert un poulet dans un sac en plein culte dont je ne savais que faire, chacun peut l'imaginer.
Et donc je me dis, bon, alors effectivement, ce lien à la création est encouragé par d'autres théologies. C'est vécu encore dans des zones très rurales.
Nous, dans ce territoire qu'est l'Alsace-Moselle, où il y avait encore beaucoup de communautés rurales, il y a encore cette empreinte végétale.
Il y a quelque chose qui nous rappelle que la nourriture ne vient pas emballée dans du plastique. Et on peut aussi capitaliser là-dessus et encourager chacun et chacune à se sentir légitime, à avoir ce lien avec la création.
Le lien entre la nature et la foi dans la Bible
En l'Amérique du Nord, le deuxième dimanche d'octobre, c'est l'Action de grâce. Les Américains, c'est en novembre avec leur célèbre Thanksgiving.
C'est l'idée de rendre grâce à Dieu pour les récoltes, un peu comme tu parlais de la fête des moissons, de rendre grâce à Dieu pour tout ce que les champs produisent, pour la nourriture, pour la beauté de cette création.
Et je crois qu'on a perdu peut-être ce lien avec cette création. En préparation pour cet épisode, je retournais à ma Bible comme un bon pasteur, et c'est de voir comment ce lien-là est présent.
Lorsqu'on parle du sabbat, par exemple, ce n’est pas juste pour les êtres humains, c'est aussi pour les animaux, pour le bœuf qui ne doit pas travailler. Jésus qui parle, regardez les fleurs des champs, regardez les oiseaux dans le ciel.
On a, dans nos textes bibliques, ce lien avec la nature qui montre qu'on est interconnecté.
L'être humain n'est pas à l'extérieur de la création, en fait partie intégrante et on dirait que l’on traite ça, ouais, bon, ça va, là, c'est pas si important.
On voit ça comme une espèce de commodité qu'on peut consommer à notre guise, au lieu de dire, un peu comme ce qu'on nous apprend dans les cours de biologie, on fait partie de cet écosystème-là. Pas juste d'une manière biologique, mais, je crois aussi d'une manière de la foi.
Le mouvement des Églises vertes
Ici, dans la paroisse de mon mari, Sous les platanes à Illkirch-Graffenstaden, quand on est arrivés il y a 7 ans, les alentours du presbytère, de la cure, étaient assez ratiboisés pour des raisons X, Y. Il n'y avait plus vraiment d'écosystème tout autour.
Et moi, ça m'a un peu déprimée. Et donc avec mon mari, on s'est beaucoup encouragées.
Alors, l'encouragement chez nous, ça se passe comme ça. J'ai des idées, mon mari cherche. Il s'occupe de tout. Et moi, je bois du thé à côté de lui pendant qu'il fait à peu près tout parce qu'il a plaisir à le faire, mais il ne veut pas le faire seul. Et moi, j'ai plaisir à papoter avec lui.
Et en fait, maintenant, c'est vraiment devenu un jardinier. On a notre propre écosystème tout autour. On a plein de petites bêtes. On a même un peu trop des rats. Les gens nous ont encouragés à remplir des dossiers pour être reconnus comme Église verte.
Alors, Église verte, il y a cinq niveaux de reconnaissance et nous, on est déjà aux quatre. C'est assez épatant.
Et évidemment, si c'était resté un projet de couple, on serait resté au 1 ou au 2. Mais une fois qu'on commence à s'affairer dans le jardin, qu'il commence à être beau, qu'il y a des fleurs et des fruits, il y a des paroissiens et des paroissiennes qui viennent dire, moi j'aimerais bien aider aussi.
Est-ce que tu veux que je t'amène des graines pour ça? Est-ce que quand vous êtes en camp, vous voulez qu'on arrose le jardin?
Au fur et à mesure, en fait, toute la communauté s'y est mise. Les enfants ont commencé à farfouiller dans le jardin aussi.
Et donc, on a tout un projet qui est incroyable de pépinière. Chaque enfant de la paroisse reçoit son arbre. L'enfant peut venir le choisir, le rempoter, peut venir le surveiller, lui faire des petits bisous, lui raconter des histoires et peut repartir avec son arbre quand c'est temps pour lui ou elle à la confirmation, au mariage, quand c'est le moment.
Et la Fédération luthérienne mondiale s'est intéressée à notre projet aussi et nous a loué un petit budget pour renforcer un peu tout ça.
On voit qu'en fait, même dans un territoire semi-urbain comme le nôtre, qui est pratiquement maintenant entièrement urbain, les gens sont contents quand ils vont à l'Église d'arriver dans un univers végétalisé et de sentir qu'il y a un lien entre ce qu'on chante et on prie à l'église et le jardin de l'église qui est littéralement à 30 centimètres de la porte de l'église. Il y a juste un mur qui nous sépare.
Et donc là il y a un lien entre finalement ton jardin intérieur et puis le jardin extérieur de la création.
L’éco théologie
Je me souviens, il y a environ une quinzaine d'années, lorsque l'Église Unie du Canada a élu Mardy Tindall comme modératrice. Elle était une laïque. Elle est arrivée avec ce concept d’éco-théologie.
Il y a plusieurs mâles d'un certain âge qui disaient, bon, c'est quoi ces trucs de femmes qui manquent de sérieux?
Cependant, elle a persisté. Il a commencé à parler d'empreintes carbone de nos églises.
Encore une fois, elle a commencé à nous expliquer que l’on a ces bâtiments-là qui datent d'une autre époque, qui sont souvent trop gros. On est au Canada, donc il faut chauffer ces bâtiments-là. L'auto solo, tout le monde va à une réunion, tout le monde prend sa propre voiture.
Elle a semé ces idées-là. Et ça l'a cartonné auprès des jeunes qui disaient, enfin, une Église qui parle de problèmes actuels, de réalités qui nous touchent.
Et tout ça nous a poussés à agir. On voit ici des paroisses adhérer au mouvement Église verte. Il y a d'autres initiatives, installer des panneaux solaires, l'agriculture urbaine, des trucs comme ça.
Les gens ont ces questions-là. Pourquoi, en tant qu'Église, on ne serait pas là pour essayer de les aider à cheminer?
La tentation est très forte de dire non, non, non, non. Le vrai problème de notre temps, c'est ceci et cela. La bonne façon de regarder, c'est ceci et cela.
Mais les gens disent, on a cette crise climatique que nous avons créée nous-mêmes. Et on ne sait pas comment on va s'en sortir. Ce n'est pas l'avenir de la planète qui est en jeu. La planète va continuer à exister. C'est l'avenir de l'humanité qui est en jeu.
Je regarde mon fils qui a 13 ans. Est-ce qu'il y aura des petits-enfants? Et c'est ça qui, pour plusieurs personnes, pose de grandes questions.
Tu as mentionné, ça prend une dose de foi, parce que la foi c'est croire à quelque chose qui ne semble pas possible, logiquement.
Dieu existe, mais oui, on ne l'a jamais vu, on ne l'a jamais touché, mais on y croit.
Et peut-être que la foi peut jouer un rôle face à cette crise climatique, de dire, nous pouvons nous en sortir. Nous pouvons atteindre un autre niveau. Nous pouvons être de meilleurs êtres humains.
Et en plus, ça n'est pas en contradiction avec le message qu'on essaie de proclamer, c'est relié.
Sans être littéraliste et de croire que Dieu a magiquement créé ce monde avec ses gros doigts en ces jours, mais on croit quand même que Dieu a fait partie de ce processus créateur. Cette création est le résultat d'un Dieu créateur qui a créé et qui continue à créer.
Donc je crois qu'on a quelque chose à apporter de ce côté-là.
L’éco féminisme et la foi
D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle je suis tellement contente d'avoir trouvé un ancrage dans l'écoféminisme. Parce que l'écoféminisme, c'est quelque chose que je portais en moi, mais sur lequel je n'avais pas mis de mots.
Et il paraît que la majorité des écoféministes, en fait, ne se proclament pas écoféministes, parce que justement, être écoféministe, c'est essayer de vivre dans le monde en étant une femme.
Une femme qui a des règles, une femme qui parfois porte des enfants, qui a ensuite parfois les allaite, qui essaie après d'être dans des circuits plus durables, donc de partager des habits, d'éviter le lait en poudre, d'éviter d'acheter des tas de choses déjà industrielles. Et de prendre conscience aussi des circuits, d'où vient la nourriture.
Et puis, pour celles qui sont plus engagées, de mettre en plus entre parenthèses leur carrière pour prendre du temps et aller préserver des lieux par leur présence, en faisant des manifestations, des chaînes de femmes, des sit-ins parce qu'elles ont remarqué qu'un tel lieu polluait l'eau et que du coup, les enfants du coin tombaient systématiquement malades.
Elles ont remarqué que pendant leur grossesse, elles étaient inconfortables avec la pollution de l'air.
Enfin voilà, il y a plein de choses qui font que moi, je ne suis pas essentialiste, mais il se trouve qu'on porte la vie. Pour le moment, ce sont les femmes biologiques qui portent la vie.
Et donc, à partir de là, on a aussi tous nos sens qui sont stimulés et on se rend compte de combien c'est important que notre environnement soit à peu près sain, parce que cette vie qu'on porte, on aimerait qu'elle ait un bon environnement.
Et donc, cet écoféminisme, pour moi, il est complètement basé dans ce devoir de respect de la création que m'a donné le Seigneur en me mettant là avec ses jambes et ses bras et ce cerveau pour être normalement au service de la création et pas pour l'opprimer.
Et donc c'est là qu'il y a le lien entre l'oppression des femmes par le système capitaliste et l'oppression de la terre par le système capitaliste.
Et quand on se sent femme, féministe, libérée, moi je me considère chrétienne, on veut pouvoir trouver une harmonie dans tous ces différents points de notre vie, tous ces différents équilibres.
Donc moi j'ai beaucoup milité pour l'allaitement, parce que j'estime qu'une femme qui produit son lait, on doit pouvoir lui expliquer combien elle est autosuffisante, et combien elle ne dépend pas des grandes industries Nestlé et compagnie pour nourrir un enfant qu'elle a réussi elle-même à produire.
Si on arrive à produire un enfant et puis ensuite à l'accoucher, on a aussi cette compétence en nous de le nourrir. Contrairement à ce que nous disent tous les médias, notre lait est bon. Il est bon parce que tout a été prévu, que Dieu a même prévu ça pour notre enfant.
Pour moi, c'est très important dans ma spiritualité.
Comme souvent, c'est un sujet clivant, notamment en France, où les femmes allaitent peu et pas longtemps, parce que c'est des générations et des générations de femmes à qui on a dit qu’elles n'ont pas assez de lait ou qu'il est assez nourrissant, que c'est mieux de savoir exactement ce que va ingérer l'enfant. Avec le biberon, tu peux quantifier.
Et donc on a tout un mouvement en France où quand tu parles d'allaitement, on te dit que tu n’es pas pro-choix, qu'en fait tu vas imposer à des femmes une servitude supplémentaire.
Pour moi, il y a un vrai lien avec ma spiritualité parce qu'on voit combien le monde capitaliste a réussi à ôter à des femmes leurs compétences, de se dire que je vais peut-être essayer, j'en suis peut-être capable, je n'ai peut-être pas besoin de moyens extérieurs et qui polluent en plus.
Pour moi, il y a toute une réflexion qui est en cours autour de ça et qui va du côté de prendre soin du vivant.
Alors moi, je n'y arrive pas toujours. Des fois, je sors ma voiture pour des raisons assez injustifiées, injustifiables. Et c'est vrai qu'en église, on a souvent un peu du mal avec nos grandes campagnes de publicité. Tu sais, venez au dimanche méchoui de la paroisse machin truc.
Et puis là, il y a comme une petite contradiction. Néanmoins, est-ce qu'en Église, on est là pour faire du consensuel ou est-ce qu'on peut poser des fois quelques questions ?
La crise environnementale est une crise sociale
J'adore l'anecdote que tu apportes parce que c'est tellement facile de retomber ou de suivre la norme de la société.
Tout le monde aime le barbecue, on le fait. Tout le monde aime telle chose, on le fait. C'est si facile d'avoir des verres en styromousse pour servir du café, on le fait.
Et je pense, à quelque part, en tant que croyant, on est invité à faire la bonne chose pour la bonne raison.
Oui, nous ne sommes pas parfaits, nous commettons des erreurs, mais je crois qu'on est quand même appelé à réfléchir à nos actions, d'en être conscient, de nous améliorer constamment, et de ne pas oublier que lorsque nous sommes des privilégiés comme toi et moi en Occident, nos choix ont des répercussions ailleurs, dans plein de pays.
Même dans nos sociétés, les personnes qui sont les plus vulnérables sont souvent les personnes qui sont d'abord affectées par tous ces bouleversements climatiques. Ce sont les plus pauvres qui souffrent davantage.
C'est une question de justice sociale, c'est une question d'équité.
Et lorsque Jésus dit, il faut aimer son prochain, ce n'est pas nécessairement le prochain qui est riche comme moi, c'est de penser aussi à cette personne que je ne rencontrerai probablement jamais, mais qui est affectée de mes choix.
Ce printemps, au Canada, ce fut d'un côté environnemental très difficile. On a eu d'importants feux de forêt un peu partout à travers le pays.
En début juin, il y avait déjà plus de 3,5 millions de mètres carrés qui ont brûlé. C'est 15 fois plus que la normale.
Et on regarde les gens qui ont été évacués. Ce sont des gens qui habitaient des petites localités et lorsqu'ils ont été évacués. Ils n'allaient pas à l'hôtel; ils allaient dans des refuges communautaires.
Donc, oui, il y a une catastrophe écologique. Oui, il y a des gens qui ont perdu leur emploi, qui ont tout perdu, leur maison…
Et ça illustre également comment nous ne sommes pas égaux devant ces catastrophes naturelles, devant ces changements, cette transformation.
Et c'est sûr que c'est facile pour moi, un homme blanc, hétéro, dans la cinquantaine, qui vit dans le premier monde, de dire « Bon, ce n'est pas si grave, on va s'adapter. Au lieu d'avoir trois bagnoles, on va en avoir juste deux. »
C'est facile de dire ça. Mais pour certaines personnes, c'est la différence entre vivre et survivre.
Et comment qu'on peut ensuite dire nous sommes tous frères et sœurs dans le Christ. On est là pour le salut universel. C'est confrontant et je peux comprendre que certaines personnes essaient de trouver des raccourcis pour alléger leur conscience.
Le débalencement entre le Nord et le Sud
Et d'ailleurs, ça me fait penser à un sujet qui est assez intéressant, comme j'ai bossé pendant presque dix ans dans les projets missionnaires.
Donc, les projets missionnaires, c'est les projets de partenariat entre le Sud et le Nord.
Et c'est vrai que quand les projets missionnaires ont commencé il y a un siècle, il y avait quand même quelque chose de très cohérent.
On disait adieu à sa famille, on ne savait pas si on allait la revoir. On prenait une partie de sa vie, on mettait tout ça dans d’énormes coffres ou bien dans d’énormes tonneaux, de tonneaux à vin.
On s'en allait sur un gros bateau et puis un jour on arrivait en Afrique et puis peut-être qu'on retournait chez soi ou pas avant de mourir là-bas sur place.
Et il en allait même pour toutes les rencontres internationales d'Église.
Les gens faisaient de très longs trajets, fallait être très motivé. Ils avaient d'ailleurs le temps du coup de se connaître et puis de lire beaucoup les textes des autres Églises. C'est un autre rapport au temps.
Et là maintenant, quand j'ai commencé à quitter tout ce travail missionnaire, je voyais qu'il y avait une réflexion qui démarrait, très intéressante, sur en fait l'empreinte écologique de tous ces voyages, de toutes ces visites missionnaires.
Et puis cette empreinte écologique, bien sûr, l'idée c'est un peu de nous décarboniser de notre côté, de moins en faire.
Mais ce n'est pas de dire à nos partenaires « Voilà, maintenant que vous avez enfin un peu de mobilité, que vous pouvez enfin participer à des réunions mondiales, est-ce que vous pourriez arrêter un peu, là, parce que vous polluez? »
L'idée, c'est plutôt de se dire, dans quelle mesure est-ce que nous qui en avons les moyens et l'envie et qui aimons voyager, comment est-ce qu'on peut, au contraire, un petit peu diminuer à ce niveau-là?
Ce n'est pas facile parce qu'il y a beaucoup d'habitudes qui sont prises et il y a beaucoup d'avions encore très accessibles quand on a un peu d'argent dans la poche.
Donc aussi, ça demande aussi un renoncement, un renoncement qui peut s'ancrer dans notre fond en Christ, de se dire en fait je n'ai pas besoin de tous ces déplacements pour rayonner.
Je n'ai pas besoin non plus de dépenser tout l'argent que j'ai dans la poche. Je peux aussi plus partager.
Et donc il y a quand même aussi un lien direct entre le fait de décroître un peu dans notre mobilité, dans notre expansion, dans notre besoin de voyager, de croquer le monde pour que finalement, alors attention, hop, moment biblique pour que le Christ puisse croître en nous.
J'ai terminé avec une note biblique, je suis très fière de moi.
Conclusion
Et nous allons conclure ainsi notre première saison. Eh bien, oui, 21 épisodes.
Je veux remercier toutes les personnes qui nous ont écoutés durant toutes ces semaines, toutes les personnes qui se sont abonnées.
Je veux remercier notre commanditaire, l'Église unie du Canada. Oui, merci beaucoup d'avoir cru à ce projet un peu fou.
C'est la fin de la première saison, mais nous ne disparaissons pas cet été.
Nous allons enregistrer des petites capsules, chacun de notre côté, Joan et moi.
Nous allons partager un peu notre été, nos voyages, et nous serons de retour, et oui, pour une deuxième saison. Nous l'espérons à la mi-septembre, si tout va bien. C'est notre objectif.
Cependant, ce qui n'arrête pas, c'est le courriel. Alors, si vous voulez nous envoyer des commentaires, des suggestions, si vous voulez communiquer avec nous, ça nous fait toujours plaisir de vous lire, de connaître vos intérêts. N'arrêtez pas. Ça, il n'y a pas de vacances pour ça. Alors, faites attention à vous au cours des prochaines semaines.
questiondecroire@gmail.com
Portez-vous bien. Merci, Joan, pour cette année de partage et d'échange.
Merci, Stéphane, et merci à tous nos auditeurs et auditrices pour leur feedback, leur retour, leurs questions. Continuons à nous partager et on continuera la discussion.
Et on se retrouve très bientôt. Au revoir.

Wednesday Jun 14, 2023
Wednesday Jun 14, 2023
Que doivent faire les chrétiens en temps de guerre?
Lorsque que la guerre éclate, le message de paix de Jésus et le commandement biblique de ne pas tuer semble être de belles valeurs inutiles. Dans cet épisode, Joan et Stéphane affirment que toutes les vies humaines ont la même valeur et que la prière demeure toujours pertinente malgré tout.
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Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, que doivent faire les chrétiens en temps de guerre? Bonjour Stéphane. Bonjour Joan.
Alors comme ça, ce sont nos auditeurs qui ont posé cette question. Deux fois au lieu qu'une. Ah ouais, donc ça, c'est une vraie question. Et j'imagine que cette guerre en Ukraine, qui touche finalement plus le côté occidental de la force, ça nous interpelle d'autant plus. Il faut dire que les Ukrainiens ont plus un petit peu de la culture occidentale. Enfin voilà, vraiment, il y a des proximités.
L’impact de la 2e guerre dans l’histoire familiale
Moi, je dois dire que j'ai été élevée par mes grands-parents dans des récits de guerre. Alors, quand j'y repense rétrospectivement, je trouve ça assez dingue. Tant du côté de celle que j'appelais Abuelita, ma grand-mère Jeannine, dont je parle dans l'épisode précédent sur Fin de vie, que du côté de celle que j'appelais Mamie Yaya, parce que ça, c'était une grand-mère qui me répondait toujours Yaya, Yaya, quand je lui demandais quelque chose. Madeleine.
Les deux ont survécu à différentes guerres. Et le fait qu'elles aient survécu à différentes guerres, elles m'ont toujours parlé de ce que c'était d'être survivante.
En plus, ma mamie Yaya, en Alsace, elle m'impressionnait toujours parce qu'elle avait perdu une jambe pendant la Résistance, la Deuxième Guerre mondiale, où elle s'est retrouvée vraiment comme ça, seule, orpheline, victime.
Elle qui venait de son petit village alsacien, qui avait l'instruction qu'elle avait. Et elle a perdu une guerre dans la Résistance, dans des circonstances vraiment ridicules comme l'est souvent la guerre.
Et puis, elle avait cette grande jambe artificielle qu'elle faisait tenir contre le mur, près de mon lit. Et des fois, je me réveillais la nuit et je voyais sa grande jambe. Un jour, j'ai dit, mais mamie, elle me fait un peu peur, ta jambe. Elle m'a dit, mais ça, c'est ma jambe de la guerre.
Donc pour moi, finalement, la guerre, une fois de plus, ça fait partie de mon histoire familiale. J'ai des grands-pères qui ont fait la guerre.
Et quand j'y pense, c'est émouvant. Les trois ont fait la guerre. Mon grand-père d'Espagne, il était mobilisé à Ceuta. Mon grand-père, que je n’ai jamais connu, italo-russe, il est venu rejoindre les forces françaises et il a demandé à être naturalisé.
Et puis mon deuxième grand-père, donc le deuxième mari de ma grand-mère, il était un malgré-nous. Tu connais l'histoire des malgré-nous Stéphane, c'est une histoire très très locale. Ce sont les Alsaciens qui parlaient de l'Alsatique, qu'on retrouve dans tout le bassin rhénan, puis même à l'Hémanique, jusqu'en Suisse.
Et donc les Allemands ont dit, parfait, ça c'est des gens qui sont un peu comme nous, qui sont déjà assez arianisés. Et donc ils ont été pris pour être incorporés à l'armée allemande, et même certains d'entre eux sont devenus des SS.
Alors, les études historiques nous montrent que finalement c'est une toute faible proportion qui est devenue des SS, parce que bon, ça c'était quand même les escadrons de la mort un peu les SS.
Et pour une grande partie, comme mon grand-père, ils sont allés faire des travaux pour les Allemands et mon grand-père... Peut-être qu'il n'a pas tout dit, mais ce qu'il nous racontait, c'est que pendant des mois et des mois, il a peint des chalets de hauts dignitaires nazis.
On n'y était pas, on ne sait pas ce qu'il a fait. Lui, c'était une malgrenouille.
Il est revenu assez peiné d'avoir aidé les nazis. Mais d'autres ont vécu des choses autrement pires. Et peut-être qu'en fait, son histoire de chalet, c'est une grande métaphore pour ne pas dire d'autres choses.
Et quand il y a eu la guerre au Kosovo, quand j'étais jeune, je me suis dit, ah tiens, oui, c'est normal, il y a la guerre régulièrement en Europe. J'avais été tellement bercée de ça que ça ne m'a pas semblé tellement étonnant.
Par contre, cette guerre en Ukraine, oui, elle m'a prise par le revers. Celle-ci, je ne l'ai pas vue venir ou je n'ai pas vu la voir venir. Et donc, nous, en Europe, finalement, on a toujours cette crainte que notre Europe si puissante ne puisse pas empêcher la guerre.
Vous, de votre côté, c'est un peu différent. Vous avez le grand frère américain qui protège le monde entier, c'est le capitaine américain.
Une réalité éloignée
C'est sûr que c'est différent parce que la dernière guerre en sol canadien, qui était en passant contre les États-Unis, c'est 1812. C'est plus de deux siècles. Donc la relation, naturellement, elle est différente.
Et je dirais, depuis la Première Guerre mondiale, la guerre est surtout associée à une idée de conscription, d'enroulement forcé, ce qui a développé un mouvement anti-militaire qui a développé certains mouvements pacifistes.
Donc, j'arrive d'un endroit vraiment différent face à ce sujet que toi, ce qui, je crois, est une très bonne chose pour un épisode comme celui-ci, parce que le sujet est très complexe, parce que je ne crois pas qu'il y a de bonnes réponses. Désolé aux auditeurs qui espéraient avoir la réponse aujourd'hui. Je ne crois pas.
Il y a quand même pour moi un malaise parce que je suis dans cette mouvance pacifiste, pas nécessairement hardcore.
Pour moi, la guerre. L'erreur, c'est l'échec ultime. C'est la preuve que nous ne sommes pas, en tant qu'êtres humains, suffisamment intelligents, développés, évolués pour régler nos conflits autrement.
Faire face à la violence
Mais ce qui est intéressant, quand on est face à la guerre, d’une façon générale, quand on est face à l'extrême violence, pas juste la violence quotidienne, la violence sociétale, la violence systémique, patriarcale, etc., mais cette violence vraiment massive, c'est que nos convictions religieuses peuvent être extrêmement ébranlées.
Et l'un des articles qui m'a le plus intéressée dans le journal protestant Réforme, que je lis toutes les semaines de façon très, très, je dirais scolaire, de A à Z, c'est un petit article sur les églises mennonites en Ukraine.
Et en fait, pour nos auditeuries, les églises anabaptistes ont une théologie pacifiste hardcore, comme tu dis, c'est-à-dire vraiment jusqu'au bouddhiste.
Et c'est pour ça aussi que le mouvement amish et mennonite, qui a eu deux mouvements, c'est parce qu'ils avaient une perspective différente aussi du rapport aux autorités, prendre les armes ou pas. Grande discussion dans la famille anabaptiste et on les remercie beaucoup de porter cette discussion dans les familles chrétiennes.
Figurez-vous que les Ménonites ukrainiens, les hommes, sont partis à la guerre ? Ils avaient toutes ces convictions pacifistes et ils ont tenu, parce que c'est la guerre en Ukraine depuis fort longtemps, mais nous on ne l'avait pas tout à fait saisie.
Et là, pour les assauts qui ont commencé il y a plus d'un an, qui étaient extrêmement violents, les Ménonites ont dit qu'on ne peut pas laisser la responsabilité de nous protéger, reposer, sur tous les autres hommes. On ne peut plus assumer ce pacifisme-là et ils sont partis combattre et les pasteurs leur ont donné la bénédiction.
Et c'était un petit peu un choc pour la famille Anna-Baptiste parce que là, c'est une grande première en quelque sorte.
Tu ne tueras point
Toute cette question de guerre, de violence, c'est confrontant parce que l'une des pierres angulaires de la foi chrétienne, c'est le décalogue qui dit que tu ne tueras point.
J'y vois une invitation d'être meilleur que ses bas instincts, mais ça pose quand même des questions lorsqu'on est confronté justement à toute cette violence. Et ce serait tellement plus simple s'il y avait un astérisque, c'est des petits caractères en bas de la page pour nous dire OK, tu n'as-tu pas un point, mais dans tel cas, c'est justifiable.
On n'a pas ce message-là. Donc, on est un peu confronté à notre compréhension. Du message de Dieu. Est-ce que tuer pour défendre plusieurs vies, c'est correct? C'est très difficile.
Se défendre devant la violence
Mais tu vois, ce verset, c'est tu ne tueras pas points, il est beaucoup mobilisé aussi par les théologiens et théologiennes animalistes, qui nous renvoie à nous qui mangeons parfois de la nourriture carnée.
Et c'est vrai qu'en fait, c'est toujours le degré d'application, quoi, OK ? Tu ne tueras point. Mais bon, là, il y avait un moustique, je l'ai tué. Tu ne tueras point. Oui, mais bon, il voulait me violer, je l'ai tué. Tu ne tueras point. Oui, mais voilà, j'ai mangé un petit peu de biftèque.
C'est assez compliqué parce qu’en vivant, il y a des risques d'interaction qui amènent parfois à la mort. Je me souviens qu'on avait étudié en cours d'hébreu, c'est à ça que ça sert. C'est pour que 20 ans plus tard, dans un podcast, tu dises un truc. Tu dis un truc un peu malin.
Dans le cours des bacs, on nous avait enseigné que c'était la forme tuée de commettre le meurtre. Et là, c'est assez explicite. Tu n'enlèveras pas la vie de quelqu'un par violence, par impulsion.
Alors, du coup, il y a pas mal de personnes, et j'en fais partie, qui disent, si c'est pour me défendre parce que je suis attaquée en tant que guerre, je ne contreviens pas à ce commandement. Mais en disant ça, je sais très bien que je suis en train de faire de l'interprétation et je sais très bien que je suis en train d'essayer de me conforter aussi.
Mais c'est assez difficile de devenir d'un seul coup littéraliste alors que, d'une façon générale, pas tellement la théologie de nos églises luthériennes est réformée d'être littéraliste.
Et puis, on en parlait avant quand on préparait l'épisode, c'est vrai qu'il y a un énorme conflit en cours sur Terre, celui du Congo, capitale Kinshasa, qui est la conséquence du conflit au Rwanda. Et ça dure depuis plus de 25 ans.
Tu m'as mis les chiffres dans la note 18 millions de morts et là j'ai une pensée émue pour un pasteur que je connais qui n'exerce plus parce que ça, c'est un pasteur qui a dû prendre les armes justement pour défendre son coin de terre et qui m'a dit tu sais je crois que je ne serai plus jamais pasteur parce que j'ai trop de traumas et j'ai encore trop d'images dans la tête je ne peux plus prêcher comme je prêchais avant l'amour de Dieu, la bienveillance, le pardon et le salut parce que moi-même j'ai dû tuer.
Et je crois que c'est un peu ça aussi, la difficulté de nos églises qui vivent dans des pays en paix, de nos itinéraires de vie, de pasteur, où on a peut-être eu moins à lutter physiquement.
Qu'est-ce qu'on peut comprendre de ces vécus-là aussi? Et qu'est-ce qu'on peut comprendre des gens qui font la guerre?
Le lien entre les Églises et l’armée
C'est très intéressant ce que tu soulèves. Je ne sais pas c'est quoi, être déployé à un endroit où ma vie est en danger et je crois que nos églises. Un travail à faire d'accompagnement auprès de ces gens-là qui souffrent.
D'accueillir des réfugiés politiques, d'accueillir des gens qui fuient des conflits armés ne devrait même pas être une question pour moi. Offrir des soins spirituels à d’anciens combattants, oui,
personnellement, et je sais que ça ne sera peut-être pas populaire, je tire quand même une ligne avec ces aumôniers employés par l'armée. Je comprends que ces hommes, que ces femmes, que ces personnes ont besoin d'aide, mais je trouve qu'il y a une relation un peu malsaine.
Lorsque les deux sont mélangés, je trouve que ça va parfois trop facilement vers le nationalisme. On est là pour protéger les nôtres. Et ça, je l'ai remarqué beaucoup au cours, je dirais, de la dernière décennie au Canada, un peu moins au Québec, mais au Canada anglais.
Toute cette idée, par exemple, le 11 novembre, c'est la journée de la commémoration de l'armistice. C'est devenu un événement politique, un événement nationaliste, un événement célébré dans les églises, où on a les gens en uniforme militaire, le drapeau, et on prie pour ceux qui sont tombés pour le pays.
On ne prie pas pour ceux qui sont morts de l'autre côté, qui peut-être n'avaient pas plus le choix d'être là que les gens, entre guillemets, de notre côté.
C'est tout ce côté-là que je trouve très difficile parce que j'aspire à appartenir à une église universelle où ce que la vie d'une personne caucasienne en Ukraine est aussi importante qu'une vie d'une personne au Kinshasa. Je sais que c'est un peu utopique, mais j'aspire à cette espèce de rêve.
Toutes les vies comptent
Nous ne formons qu'une seule humanité. Oui, nous avons des problèmes, mais on ne peut pas hiérarchiser la valeur des vies humaines. Et en tant qu'Église, il faut faire très attention, pour moi, où est-ce qu'on se situe.
C'est vrai qu'en fait, c'est assez délicat d'introduire des drapeaux dans les Églises. Et je remercie un pasteur, qui est un aîné dans la foi, un pasteur luthérien de mon église, qui un jour m'avait dit « Mais quand tu mets ton drapeau arc-en-ciel dans l'église, ça me gêne, parce que ça veut dire que si quelqu'un veut amener son drapeau français ou son drapeau allemand ou son drapeau européen, qu'est-ce qu'on va lui dire en fait ? »
À partir du moment. Toi tu viens avec ton drapeau identitaire, eh bien ça veut dire qu'il faut accepter tous les autres drapeaux et ça devient gênant parce que pour les raisons que tu as donné Stéphane à cause de la collusion.
Et je trouve que cette interrogation, il faut la garder vivante. Moi je continuerai à mettre mon drapeau arc-en-ciel parce que je trouve qu'il n'y a pas le même sens, la même signification, mais néanmoins c'est une vraie question.
Attention aux collusions entre mes revendications identitaires, patriotiques, attention aussi à ce que ça véhicule. Est-ce que ça veut dire que l'Église est du côté de telle nationalité, du côté de telle orientation affective et sexuelle ? C'est compliqué les questions de visibilité et de représentativité.
Et je crois qu'il faut oser se parler, se dire les choses et pas subir les initiatives des uns et des autres. J'ai posé la question à un jeune, Guillaume, qui était une semaine en retraite spirituelle, là, au mois d'avril, quand j'y étais, à Thésée.
Tous les ans, je prépare des petites questions pour Guillaume, et cette année, je lui ai dit, écoute, j'ai un podcast avec Stéphane, et qu'est-ce que tu penses, toi, qui es un jeune chrétien, actif, vers 25 ans, de la guerre en tant que chrétien.
Et son premier réflexe, Stéphane, ça a été de dire, moi, je dirais que d'abord, il faut prier. Que vraiment quand on est face à toute cette violence, quand on est face à ces choses qu'on ne comprend pas, cette irrationalité du mal, la prière c'est quand même vraiment quelque chose de spécifiquement chrétien.
Alors la prière tournée vers Jésus, ancrée en Jésus, dans la Trinité pour celles et ceux pour qui ça fait sens. Et c'est vrai que Jésus, pour le coup, comme pacifiste, il coiffe pas mal de monde au poteau.
Quand maintenant, l'épisode où son disciple, croyant le défendre, coupe l'oreille du centurion qui était venu l'arrêter, et Jésus qui remet en place cette oreille ? La symbolique est énorme, énorme. Ne me défendez pas avec les armes, pitié. Ne défendez pas le fait d'être chrétien avec les armes.
Et moi ça m'a beaucoup choqué quand j'ai appris qu'il y avait des factions maronites libanaises qui défendaient en fait le Liban avec les armes. Je n’avais aucune idée qu'on puisse avoir des factions militaires ou chrétiennes, avec des signes religieux distinctifs, des tatouages.
Et pourtant, ça peut arriver aussi. Et Jésus, il est assez énervant avec son pacifisme radical, le fait de se laisser emmener aussi, le fait de refuser d'une certaine façon un jugement unique, mais de refuser aussi que des gens le défendent. Tout là est bouleversant, en fait, et il n'y a pas de réponse.
Du coup, cet appel de Guillaume, mon jeune frère dans la foi, à prier, je crois que ça rejoint vraiment cet enseignement de Jésus.
Puis moi, en temps de guerre, je suis toujours un peu anxieuse pour les femmes, les femmes sur le terrain, les femmes qui sont rentrées dans les forces armées pour des raisons qui leur appartiennent. Et puis les femmes, les civiles.
Je pense à plein de détails, tu vois Stéphane. Je pense au fait qu'elles ont leur menstruation, que certaines vont accoucher, que d'autres à l'aide. Voilà, tous ces détails de la féminité qui déjà, quand tu as tout ce qu'il faut dans ta maison avec un peu d'argent sur le compte bancaire, c'est déjà galère, mais alors en temps de guerre.
Alors la prière, la solidarité, ouais. C'est quelque chose, je crois, qu'on ne rappelle pas suffisamment. En temps de guerre, en temps de conflit armé, c'est les personnes vulnérables qui paient le prix.
Prier pour son ennemi
Ce n’est pas les multimillionnaires, les milliardaires, ce n’est pas nécessairement les chefs d'État-major. C'est, comme tu as dit, parfois, les gens qui s'enrôlent dans l'armée parce que c'est la seule possibilité de mettre du pain sur la table. C'est les civils qui reçoivent les bombes sur la tête, qui n'ont jamais rien demandé à personne.
Et tu parlais de prière, je crois qu'on ne perd jamais son temps de prier pour la paix et de prier pour l'ennemi. Parce que lorsqu'on prie pour l'ennemi, à quelque part, on reconnaît que l'ennemi est un être humain. À quelque part, on reconnaît que peut-être cet ennemi peut changer.
Je sais, c'est complètement contre-intuitif, mais c'est ça que Jésus dit. Tout le monde peut aimer son ennemi. Moi, je vous demande d'aimer vos ennemis. Et c'est très difficile.
C'est extrêmement exigeant, mais de croire que ce n'est pas une fatalité de se taper dessus, de se bombarder, de se tirer à la mitraillette, qu'on peut atteindre un autre niveau. Ce n’est sûrement pas assez rapide, mais de croire quand même qu'il y a de l'espoir pour l'humanité et d'exprimer ça à travers des prières et de commencer à l'échelle personnelle.
Je ne peux pas changer le cours de la guerre en Ukraine ou d'autres conflits armés autour du globe. Je peux choisir mes agissements. Je peux rejeter la violence. Je peux rejeter la domination.
Et c'est ça que j'ai trouvé dans les mouvements de non-violence auxquels que j'ai appartenu. La paix débute par soi-même. La paix débute à l'échelle personnelle. On espère que ça va contaminer le reste de l'humanité. C'est une question d'attitude.
Je ne peux pas changer les budgets de l'armée canadienne, mais je peux faire des choix dans ma vie qui contribue à la création de la paix qui, avec un peu de chance, va peut-être influencer les gens autour de moi.
Conclusion
Pour finir, on est parti en n'étant pas trop d'accord et on a terminé en étant assez d'accord. Parce que c'est vrai qu'on s'est rappelé un peu le fondement, Jésus. On s'est rappelé aussi ce qui nous apaise et ce qui, on l'espère, participe du Tikam Olam, de la guérison du monde, la prière.
Et puis finalement, les Juifs nous enseignent aussi le concept de la mitzvah, des mitzvot, des bonnes actions. Est-ce qu'une mitzvah après l'autre, une bonne action après l'autre aussi, une action pacifiste, une action d'apaiser une situation, une action de laisser un conflit se dégonfler, est-ce que malgré le mauvais regard qu'on peut avoir en protestantisme sur les bonnes factions, est-ce que finalement ce n'est pas juste ça notre façon d'éloigner le plus possible la guerre de nos vies ?
Pour moi, c'est un défi tous les jours d'essayer d'éviter la mauvaise parole, la mauvaise interpellation, la mauvaise pensée, le mauvais choix. C'est ma petite guerre intérieure, cette guerre contre mon esprit à moi de guerre. En fait, il faut essayer toujours de lutter pour ne pas laisser la guerre commencer en soi et s'étendre aux autres.
Alors merci Stéphane pour ce dialogue. Merci, Joanne, pour encore une fois un sujet qui n'est pas facile, qui ne se répond pas par un simple oui ou un simple non. Merci à l'Église unie du Canada, qui est notre commanditaire. Si vous avez des réactions, si vous avez des questions, si vous êtes en désaccord, écrivez-nous. On adore vous lire. questiondecroire@gmail.com.
Peu importe la plateforme, aimez, partagez, faites-nous connaître. On va bientôt prendre une pause pour la saison estivale, mais il y aura des mini-capsules, question de croire en vacances, durant les mois de juillet et les mois d'août. On travaille là-dessus. Alors, d'ici la prochaine fois, bonne journée, Johanne. Fais attention à toi. Merci. Prenez bien soin de vous. À bientôt. À bientôt.

Qui sommes-nous?
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure, engagée au service du Christ et de son Église. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes, les communautés queers et toutes celles et ceux en quête d’émerveillement. Curieuse des théologies nouvelles, elle aime ouvrir les Écritures par le Bibliologue et le Godly Play, où parole et jeu se répondent. Mariée à Amaury, lui-même pasteur, elle se sait quotidiennement challengée et inspirée par leurs trois filles de 16, 19 et 21 ans. Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l'Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux pour apporter une foi progressiste en français sur internet.








